Congrès amazigh: Un mouvement qui se cherche encore

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Modérateur: mbibany

Congrès amazigh: Un mouvement qui se cherche encore

Messagede mbibany » Lun Aoû 15, 2005 10:35

Congrès amazigh: «Nous ne sommes pas venus du Yémen!»

. Empoignades et applaudissements!
· Un mouvement qui se cherche encore


SI vous voulez provoquer un Amazigh engagé, dites-lui que les Berbères sont venus du Yémen à travers la Habacha (actuellement l’Ethiopie) et l’Egypte. Il vous fusillera du regard et tentera par tous les moyens de vous expliquer que le peuple amazigh n’est pas venu d’ailleurs, comme on veut le faire croire.
L’origine yéménite des Amazighs, la première leçon d’histoire enseignée il y a quelques années dans les écoles marocaines, est «un gros mensonge» pour les Berbères. «L’Afrique du Nord est notre terre depuis toujours», ont clamé plusieurs militants lors du Congrès mondial amazigh (CMA), qui s’est tenu le week-end dernier à Nador.
Ce congrès n’a pas octroyé un nouveau souffle à la cause. Les 4 commissions de travail, qui se sont réunies samedi dernier avant le renouvellement des instances (qui était d’ailleurs l’enjeu majeur), avaient réexaminé les mêmes doléances: promotion linguistique et culturelle, récupération des terres spoliées, autonomie et respect des droits du peuple berbère. «Les organisateurs n’ont pas préparé un projet écrit pour chaque commission. Les discussions sont donc parties dans tous les sens», déplore Mohamed Ajrar, membre de l’ONG Azetta, qui avait longtemps vociféré au début de la manifestation.
Le Congrès était l’occasion de laver le linge sale en famille. El Houcine Oublih, représentant des tribus d’Aït Baâmrane de Sidi Ifni, a dû en venir aux mains pour prendre la parole. Il voulait informer les congressistes qu’une manifestation de ses compatriotes, demandant la construction d’infrastructures, venait d’être sauvagement réprimée par les autorités. Des ONG ont dénoncé leur exclusion du Congrès mondial. D’autres, surtout dans la partie marocaine, ont critiqué l’absence des membres du CMA sur la scène internationale.
Tantôt en berbère (rifain et tachelhit), tantôt en français ou alors en espagnol, le Congrès des Amazighs était une manifestation plurilinguiste. Relevant «cette bizarrerie», les participants ont décrété que leur prochain congrès, qui devrait avoir lieu en Algérie, se déroulera uniquement en amazigh. Kabyle, touareg, rifain, soussi… lequel déjà?

L’ambiance qui a caractérisé les travaux est à l’image du mouvement amazigh: beaucoup d’applaudissements, beaucoup de protestations, des empoignades et parfois de l’improvisation. Visiblement, c’est un mouvement qui se cherche encore et qui connaît quelques confusions. Une jeune participante de Nador voilée s’est vu apostropher par un militant qui voulait savoir si elle était amazigh ou musulmane! Dans la commission «Terre, environnement et développement durable», on a demandé l’éradication du tourisme sexuel à Marrakech, «terre des Amazighs». D’autres militants ont rejeté les accords de pêche conclus entre le Maroc et l’UE sur «les eaux territoriales» des Berbères.

La commission «Stratégie et relations internationales» a proposé de privilégier l’anglo-saxon au niveau du lobbying «car la France sympathise avec les panarabistes»!
Comme dans tout mouvement revendicatif, il y a des durs et des modérés parmi les Amazighs: Entre ceux qui proclament par exemple la création d’un gouvernement berbère et ceux qui «ne demandent rien d’autre que de vivre dignement avec les autres peuples», il y a un grand écart. La relation avec les Etats est entourée de confusion aussi. Les «durs» se complaisent dans leur statut «d’éternelles victimes», voyant la combine partout. Les modérés encouragent toutes les voies de collaboration. Ceux qui «ont été recrutés» par le Makhzen n’ont pas assisté au Congrès. Le CMA n’accepte que les ONG et non les membres d’instances étatiques ou politiques.
En réalité, plusieurs participants interrogés en veulent beaucoup à leurs camarades d’autrefois qui ont pactisé avec le pouvoir pour diluer la cause amazigh. Dans la commission «Langue et culture», il a suffi qu’un membre évoque le mot «Ircam» pour être lynché. Derrière cette hargne, il n’y a pas seulement l’envie de préserver l’authenticité de la cause mais aussi des déceptions personnelles, en l’occurrence celles de gens qui n’avaient pas été retenus parmi le collectif de chercheurs de l’Institut. Il en ressort que le mouvement amazigh dispose d’une même base revendicative avec des variantes régionales, une forte dose des droits de l’homme et parfois même un zest de politique.
Le véritable enjeu du Congrès résidait dans le renouvellement des instances du CMA et la défaillance du lobbying au niveau international. C’est l’Algérien Lounès Belkacem qui a été reconduit à la tête du Congrès. Il est assisté par un Conseil fédéral de 39 membres. Le Maroc, l’Algérie et la diaspora disposent chacun de 10 membres.
Les Canaries en ont 3, les Touaregs 4 et la Libye 2. Quatre membres du bureau sortant n’ont pas assisté aux travaux pour des raisons diverses, qui vont du retrait du passeport pour le représentant d’Oran en raison de la «répression des autorités» à la suspension tout court. Ce dernier cas concerne le vice-président pour l’Algérie, qui a été relevé de ses fonctions au sein du CMA du fait de ses accointances politiques. En revanche, le Congrès est sans nouvelles du représentant des Touaregs. Ce qui est demandé au nouveau bureau, qui se compose de 11 membres, c’est de faire du forcing à l’international. Aux ONG qui ont critiqué sa passivité, le président Lounès Belkacem a répondu que très peu d’associations ont payé leurs cotisations. La plupart ne coopère pas. «Vous ne nous aidez pas dans notre mission internationale. Et maintenant, vous nous attendez au tournant!» s’emporte-t-il.

Nadia LAMLILI

http://www.leconomiste.com/article.html?a=64820
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