Un projet culturel algerien?

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Modérateur: mbibany

Un projet culturel algerien?

Messagede amusniw » Mar Fév 13, 2007 00:21

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Lundi 12 f?vrier 2007

Culture :

Abdelaziz Ghermoul, pr?sident de l?Union des ?crivains alg?riens, au Quotidien d'Oran: Intellectuels, cette ?lite hors-sol
par Hich?me Lehmici

Interview r?alis?e en marge de la Foire du livre du Caire pour laquelle l??crivain alg?rien ?tait invit?. L??v?nement litt?raire ?gyptien de l?ann?e s?est cl?tur? le 4 f?vrier.

- Le Quotidien d'Oran: Lors de vos interventions, vous n?avez cess? de faire allusion au projet culturel alg?rien. Ce projet culturel alg?rien existe-t-il ?

Abdelaziz Ghermoul: Disons que ce projet culturel est en construction. C?est une chose qu?il n?est pas ais? de b?tir car c?est l?affaire de tous et pas seulement celle des intellectuels. On peut noter ? notre actif qu?aujourd?hui, l??lite intellectuelle alg?rienne est certainement la plus dynamique et ouverte parmi toutes les ?lites arabes. Nous avons de grands penseurs, de grands hommes de lettres et m?me de grands universitaires, sans oublier aussi le nombre important d?associations ? vocation culturelle.

Cependant, les efforts sont dispers?s. Ce qui ne nous permet pas aujourd?hui de parler d?un projet culturel bien ?tabli, m?me si nombre de mouvements en gestation sont en train de le construire. Ce projet bute en effet encore sur des probl?mes de fond tels que celui des cultures minoritaires de l?Alg?rie, dont la richesse culturelle nous apporte beaucoup. Je parle ici des cultures berb?res, dont l?h?ritage historique, culturel et artistique doit s?ins?rer naturellement comme une composante essentielle et ? part enti?re de ce qui doit ?tre d?fini comme la culture alg?rienne. Malheureusement, sans volont? politique forte, ce projet perdra du temps dans sa mise en oeuvre car il demande la synergie d?efforts multiples.

- Q.O.: En parlant des ?lites alg?riennes et en particulier des intellectuels, croyez-vous qu?elles soient ? la hauteur de la t?che que vous d?crivez ? Ne croyez-vous pas que la soci?t? alg?rienne p?tit justement d?une ?lite intellectuelle que l?on pourrait qualifier d??lite ?hors-sol? ?

A. G.: C?est une question tr?s pointue. Laissez-moi vous dire tout d?abord que ce n?est pas l?intellectuel alg?rien qui est d?connect? de la r?alit? alg?rienne, mais la politique culturelle de ce pays qui est erron?e. Une politique dont je consid?re (si vous me le permettez) qu?elle continue ? regarder l?Alg?rie avec des oeill?res jusqu?? aujourd?hui. La culture alg?rienne n?est pas une abstraction, elle est dans la rue, dans les oeuvres des jeunes ?crivains et penseurs. Les intellectuels de leur c?t? ne sont pas d?connect?s de cette r?alit? mais leurs efforts et leurs contributions sont dispers?s. N?anmoins, l?on constate aujourd?hui que s?il persiste encore une voix assez forte pour exprimer l?Alg?rie au-del? de ses troubles politiques, c?est bien celle de ses ?crivains et de ses intellectuels.

J?ai d?ailleurs une remarque ? faire ? ce propos. C?est de voir combien notre syst?me politique ne cesse d?encourager une culture de la m?diocrit? ? travers des promotions douteuses. Comme si nous n?avions pas assez d??l?ments brillants et positifs parmi nous. A l??crivain qui parle du terroir alg?rien ou de la r?alit? nationale dans sa complexit?, l?on pr?f?rera d?obscurs po?tes au message servile et ambigu. J?en veux pour preuve ?Alger, capitale de la culture arabe?, o? l?on fait totalement abstraction des intellectuels arabes alg?riens, comme si la culture arabe ?tait ?trang?re ? notre pays et ?tait devenue l?apanage exclusif des pays du Moyen-Orient. Cela alors que nous disposons de grands ?crivains et intellectuels tels que Tahar Ouattar, Rachid Boudjedra, Merzak Baktache, Amin Zawi, Achour Fenni et bien ?autres encore qui portent haut la voix de l?Alg?rie dans l?espace arabe mais aussi dans le reste du monde.

- Q.O.: Cette situation n?est-elle pas paradoxale alors que c?est notre grand intellectuel alg?rien Malek Bennabi qui, bien avant Edward Sa?d, a d?crit les enjeux li?s ? la culture et auxquels nous sommes aujourd?hui confront?s dans l?ensemble du monde arabe ? Les Alg?riens n?auraient-ils pas tir? suffisamment d?enseignements de l?oeuvre de Bennabi ?

A. G.: Il n?y a aucun intellectuel qui n?ait ?t? pris au s?rieux en Alg?rie. Malek Bennabi, c?est l?idole de plusieurs g?n?rations en Asie. C?est par ses pens?es qu?un pays comme la Malaisie est devenue non seulement une puissance ?conomique mais surtout un pays qui a r?ussi ? r?soudre les questions sociales dangereuses pos?es par les mutations de son corps social.

Dommage qu?en Alg?rie on n?ait pas voulu comprendre le message de Malek Bennabi, tout comme celui du regrett? Mostafa Lacheraf. M?me au niveau des hommes de lettres en Alg?rie, on ne rend honneur qu?aux auteurs import?s. On tue nos talents chez nous et on essaie de r?cup?rer ceux qui ont r?ussi ? percer ? l??tranger.

- Q.O.: Vous pensez ? Yasmina Khadra quand vous dites cela ? C?est l?exemple typique d?un ?crivain de dimension mondiale ? qui on continue de tourner le dos en Alg?rie, alors qu?il est courtis? par les rendez-vous litt?raires les plus prestigieux de la plan?te.

A. G.: Oui et non, pas en particulier. Vous remarquerez aussi bien que moi que dans les pays du Nord, on fait la chasse et la promotion de talents en tout genre, que ce soit dans le domaine intellectuel, artistique, etc... Non seulement pour enrichir leur culture mais aussi pour embellir leur image ? l?ext?rieur. D?ailleurs, ce qui reste d?une nation tout au long de l?histoire, ce sont ces noms qui font d?une patrie une nation de grande civilisation. Il faut dire pour nous, malheureusement, que notre syst?me politique est pauvre en id?es. On ne sait faire dans les m?dias et dans notre administration aussi que la promotion des ?l?ments les plus dociles. Ce qui ne rime pas avec comp?tence et int?grit?... Les cons?quences de cette politique seront de toute fa?on visibles dans les prochaines ann?es.

- Q.O.: Passons ? la Foire du livre du Caire qui vient de cl?turer. On a pu constater une faible pr?sence alg?rienne eu ?gard ? ce que demandait la promotion du rendez-vous ?Alger, capitale de la culture arabe?. A quoi l?attribuez-vous ?

A. G.: Tout simplement parce qu?en r?alit?, il n?y a pas une vraie volont? de pr?sence de l?Alg?rie dans le monde arabe et surtout dans la culture arabe.

- Q.O.: Comment avez-vous ?t? re?u par vos coll?gues ?gyptiens ?

A. G.: Je suis venu au Caire pour y donner des conf?rences sur la culture arabe et la questions des nouvelles technologies. J?ai particip? ? des tables rondes int?ressantes. L?une ?tait consacr?e ? ?Alger, capitale de la culture arabe?, l?autre aux nouvelles ?ditions dans le monde arabe. Pour ?tre franc avec vous, j?ai ?t? ?bloui par la mani?re dont j?ai ?t? re?u en tant qu?intellectuel alg?rien et surtout par la qualit? et le niveau des d?bats que j?ai pu suivre. J?ai donn? un nombre important d?interviews ? des journaux, des t?l?visions et radios d?Egypte ainsi que du monde arabe. J?ai ?t? sollicit? longuement sur l?Alg?rie et l??tat de la litt?rature et des ?crivains. J?ai pu constater malheureusement que la culture alg?rienne est absente mais surtout que l?Alg?rie, avec toutes ses richesses, son histoire et l?audace politique du peuple alg?rien, ?tait tr?s mal connue. Ceci rel?ve principalement de notre faute car nous ne sommes pas pr?sents en Egypte. En v?rit?, c?est de toute une politique culturelle dont notre pays a besoin. Quand on voit le gouffre qui nous s?pare en mati?re de production d?un pays comme l?Egypte, qui dispose encore d?un grand cin?ma, on ne peut que rester perplexe.

- Q.O.: Justement, le cin?ma alg?rien est-il mort ?

A. G.: Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c?est qu?on a l?impression qu?il y a une volont? de tuer tout ce qui peut fleurir dans notre pays. L?histoire du cin?ma alg?rien est glorieuse et reconnue dans le monde, tout comme celle des arts plastiques, de la litt?rature et autres... On en arriverait ? croire que la situation que nous traversons est voulue. Pourtant, nous avons des potentialit?s et des richesses extraordinaires dont ne dispose aucun autre pays arabe. Nous avons des acteurs talentueux, des metteurs en sc?ne comp?tents, des romans et des histoires pr?ts pour le cin?ma. Nous avons aussi beaucoup d?argent endormi dans les tiroirs. Nous devrions l?investir dans une vraie production cin?matographique nationale plut?t que de laisser des ?trangers produire des films alg?riens catastrophiques pour notre image.

- Q.O.: Passons aux livres. Quels sont les projets de l?Union des ?crivains alg?riens dont vous ?tes le pr?sident ?

A. G.: J?ai ?t? ?lu ? la t?te de l?Union des ?crivains alg?riens alors que cette association ?tait ? l?arr?t. Non seulement dans son fonctionnement mais aussi dans les id?es. A vrai dire, au moment d?arriver, c??tait une organisation vieillie. A part les sentiments et la sinc?rit? de ses adh?rents, il n?y avait plus rien de vraiment s?rieux. Maintenant, on essaie de mettre ? profit la volont? de changement et l?enthousiasme de beaucoup de jeunes ?crivains alg?riens qui essaient de relancer le r?le de l?union des ?crivains.


- Q.O.: Comment voyez-vous l?avenir de l??dition alg?rienne ? Sachant que durant l?ann?e 2005, l?Alg?rie n?a publi? qu?une centaine d?ouvrages, alors qu?au m?me moment la France publiait pr?s de 30.000 livres, la Turquie environ 12.000, la Gr?ce 3.000 et un pays comme l?Iran la bagatelle de 500 ouvrages par semaine !

A. G.: Voil? la preuve de tout ce que j?ai dit dans cette interview. Nous avons au moins 1.000 ?crivains en Alg?rie et j?ai plus de 100 manuscrits chez l?union des ?crivains qui ne demandent qu?? ?tre publi?s. Malheureusement, nous ne trouvons pas de financement pour publier ces manuscrits, dont certains sont de v?ritables chefs-d?oeuvre. Plut?t que d?investir pour relancer la publication, on pr?f?re gaspiller notre argent.


- Q.O.: Cette crise que nous traversons ne serait-elle finalement pas li?e ? un probl?me d?identit?, voire d?histoire ? L?Alg?rie ne souffre-t-elle pas d?une absence de v?ritable histoire, c?est-?-dire d?un rep?re que repr?senterait une histoire ?crite par d?authentiques historiens alg?riens ?

A. G.: Il existe une histoire alg?rienne ! Sinon nous ne serions pas l?. Cependant, l?histoire alg?rienne depuis 25 ans a d?sert? sa place scientifique et culturelle au profit de fins politiques. Nous sommes berc?s depuis presque 25 ans par une histoire officielle portant sur des p?riodes pr?cises hautement politiques. Plus pr?cis?ment, il y a une focalisation exag?r?e sur les p?riodes de la r?volution nationale et l?antiquit?. Entre ces deux p?riodes, un vide ?norme aux cons?quences lourdes pour la jeunesse de notre pays. Je crois que c?est l? la raison du vide identitaire de l?Alg?rie. On ne laisse aux Alg?riens que le choix de se reconna?tre dans la lutte anticoloniale ou dans l?identitarisme berb?riste sectaire. Cela, alors que l?identit? alg?rienne a commenc? ? se forger et ? se construire depuis le 10?me si?cle gr?ce aux berb?res qui ont fond? les grandes dynasties musulmanes du Maghreb. Le m?pris de cette p?riode de l?histoire, de notre moyen-?ge correspond exactement au projet colonial fran?ais visant ? polariser la population alg?rienne entre entit?s arabes et berb?res ? travers, entre autres, son fameux mythe kabyle. Nous poussant de fait ? oublier la composante essentielle de notre identit? qui est l?islam. C?est pour cela que l?Alg?rie se trouve dans cette situation de blocage culturel, politique et ?conomique.


- Q.O.: A partir de ces ?l?ments, comment r?habiliter un vrai projet culturel alg?rien ?

A. G.: Ce n?est pas chose ais?e de b?tir un projet culturel national car, je le r?p?te, c?est l?affaire de tous. Depuis les ann?es 40, les intellectuels de la r?volution ont cherch? un consensus identitaire pour l?Alg?rie. Depuis l?ind?pendance, beaucoup d?intellectuels ont pens? et repens? ce sujet. Rappelons-nous les oeuvres de Mostafa Lacheraf, Abdelkader Djaghloul, Cherriat et d?autres encore. Cependant au m?me moment, l??lite intellectuelle a ?t? marginalis?e, surtout depuis Chadli Bendjedid o? il n?y a m?me plus de projet de soci?t?. Au contraire m?me concernant certains ?l?ments positifs de l??re Boumedienne o? existait un v?ritable encouragement ? l?instauration d?une identit? officielle arabiste et musulmane d?Etat. Cette vision avait, bien s?r, de nombreux d?fauts mais elle avait au moins le m?rite d?exister.

Le grand malheur de cette p?riode reste n?anmoins le fait que cette identit? officielle que l?on folklorise aujourd?hui s?est constitu?e contre l?identit? historique des Alg?riens. Pour mon cas, je suis arabophone n? d?un p?re chaoui et d?une m?re kabyle de la r?gion de B?ja?a. Je suis musulman et je suis n? culturellement dans le berceau des grands ?crivains et penseurs arabes. O? dois-je me situer avec cet h?ritage et ces cultures ?

Pour tout dire, c?est ? l??ge de 35 ans que j?ai d?couvert combien l?identit? que je v?hiculais a ?t? mal ?valu?e dans le projet identitaire alg?rien de l??poque. J?ai ?t? oblig? ? cet ?ge de commencer une vraie recherche identitaire. J?ai relu les grandes oeuvres de la pens?e arabe, j?ai red?couvert la culture amazighe et j?ai jet? un regard r?trospectif sur l?islam, non pas seulement comme religion mais surtout comme identit?. C?est pour cela aujourd?hui que je lutte contre le pass? d?compos? et la falsification de notre histoire, qu?on laisse encore se faire ?crire par l?ancienne puissance coloniale, ou ceux que j?appellerai ?les agents doubles de l?identit??.


- Q.O.: Et en plus, vous r?pondez en arabe ? un quotidien francophone !

A.G.: C?est ici la richesse de l?Alg?rie. C?est la preuve que les intellectuels et la soci?t? alg?rienne sont beaucoup plus avanc?s que le cadre politique dans lequel ils ?voluent. Entre nous, reconnaissons qu?il existe bien un consensus, si je peux me permettre un historique entre les langues en Alg?rie. Il suffit d??tudier un instant notre dialecte. Cela, beaucoup de dirigeants ne l?ont toujours pas compris.


Rep?res biographiques :
N? ? S?tif en 1948. Etudes secondaires ? S?tif puis ?tudes universitaires ? l?Institut des langues d?Alger. Abdelaziz Ghermoul a exerc? la profession de journaliste, avant de s?adonner ? l??criture de romans. Co-fondateur du quotidien El-Khabar en 1990.

Principaux ouvrages (en langue arabe)
Le hameau en lisi?re de ville (1990)
Le messager de la pluie (1992)
S?ance nocturne (1993)
Le ciel blanc d?Alger (1994)
Le leader de la minorit? ?crasante (2005)
L?ann?e 11 septembre (2005)
Fada pour l?absence de Bakhti (mars 2007)
Descendance de la col?re (septembre 2007).


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amusniw
 
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