TIZI OUZOU --- (thizi uzzu)

Histoire de la Kabylie (ex. Wilaya III)

Modérateur: amusniw

TIZI OUZOU --- (thizi uzzu)

Messagede mbibany » Jeu Oct 26, 2006 10:34

Tizi Ouzou

Par M. A. Haddadou


Tizi Ouzou est la capitale de la Grande Kabylie, à 103 km d’Alger. Son nom signifie Col des Genêts en raison du passage, large de 3 km, par lequel on peut contourner les gorges du Sébaou.
Le passage devait être connu depuis l’Antiquité bien qu’aucune source antique ne le cite : les soldats romains, dans leur progression dans la Kabylie, de Rusuccuru (Dellys) vers Saldae (Béjaïa) en passant par Bida Municipum (Djamaâ Saharidj) et Tubusuptis (Tiklat), devaient l’emprunter.

Des vestiges de voies romaines ont été signalés au lieudit Hasnaoua par des auteurs français, au XIXe siècle. On peut citer, entre autres, le témoignage de E. Carette, qui cite encore, dans son ouvrage Etudes sur la Kabylie proprement dite, d’autres vestiges à Tighecht (lieudit au-dessus de Tamda) et à Aïn Meziab, près de Mekla.

D’autres vestiges ont été trouvés un peu plus loin, entre Tizi Ouzou et le confluent de l’oued Aïssi et du Sébaou. Selon l’historien J. Mesnage, il y avait, au nord du Sébaou, quatre cités romaines : Taouarga, Tikobaïne, Agouni Tamdint et Agouni Thabet, cette dernière se trouvant au nord de la localité de Fréha.
Mais on ignore tout sur ces cités, jusqu’aux noms qu’elles portaient. Seule Bida Municipum (Djamaâ Saharidj), citée par les auteurs anciens et où il subsiste encore quelques ruines, est connue.

Les géographes musulmans du Moyen Age décrivent quelques villes de Kabylie, Béjaïa, bien sûr et Tiklat, dans la vallée de la Soummam, Dellys (Tadlest), dans la vallée du Sebaou, mais pas un mot de Tizi Ouzou.

En fait, l’agglomération est de fondation récente, les documents qui la citent ne remontant guère au-delà du début du XVIIIe siècle.

Les Turcs qui ont pénétré dans la vallée du Sebaou au début du XVIIe siècle, construisent, en 1715, un fort à Tazaghart, sur la rive droite de l’oued Sebaou.
Mais il s’avère que le fort, situé au pied de la montagne, s’expose aux attaques des Kabyles.
En effet, au cours d’une de ces attaques, le fort est détruit.

Le Français Louis Robin, qui a visité les ruines du fort en 1870, écrit à son propos : «Les ruines du bordj de Tazaghart montrent que ce fort n’avait pas plus de 30 m de long sur 15 m de large. Il était d’une construction solide. On y distingue encore parfaitement les créneaux et les embrasures des canons.» Les Turcs, qui veulent plus que jamais s’implanter dans la région, vont créer un autre fort sur le site de la ville actuelle.

Modeste à l’origine et conçu seulement comme un poste d’observation, le bordj Tizi Ouzou est fortifié par Ali Khodja — installé dans la vallée du Sebaou par les Turcs en 1720 — qui fera construire le bordj de Boghni et surtout le bordj Sebaou, non loin de Tadmaït, qui sera la place forte des Turcs en Kabylie.

Le successeur de Ali Khodja, le bey Mohamed Ben Ali, dit al-Debbah (l’Egorgeur), agrandit le fort de Tizi Ouzou, ce qui va permettre d’augmenter le nombre de soldats constituant la garnison. En 1840, le Français Carette décrivait ainsi le fort : «Les Turcs avaient construit, jadis, à Tizi Ouzou, une forteresse entourée de murs de cinq à six mètres de haut, dans laquelle ils entretenaient cinquante hommes ; elle était, en outre, munie de plusieurs bouches à feu, pourvue d’embrasures aux angles et sur les faces. Elle pouvait contenir seize pièces, mais n’en conserve que dix.

Ces pièces avaient été amenées de Dellys sur des traîneaux à roulettes. Le bordj, qui était solidement construit, renfermait un four, un puits et un moulin.
Il y avait, près de la porte, une source ombragée de trois trembles.»
Des populations civiles s’étaient installées à proximité du bordj, formant le noyau d’un village : familles turques, notamment celles de Koulouglis, issues de mariages entre Turcs et femmes algériennes berbérophones venues des montagnes environnantes ou arabophones originaires des villages voisins comme Dellys et les Issers.


Après la conquête d’Alger en 1830, suivie par celle d’Oran, les Français s’attaquent à la Kabylie, mais ils devront se contenter au départ des villes côtières, telles que Béjaïa ou encore Jijel.

Lors de la campagne de 1844, Bugeaud réussit à s’emparer de Bordj Menaïel, puis de Dellys où il installe une garnison. Il est stoppé à Baghlia, qui doit aussi se rendre après une résistance héroïque. Tadmaït est occupée. L’incendie des villages et le massacre des populations vont forcer les tribus à se soumettre. Plusieurs campagnes seront menées par la suite, avec les exactions habituelles de l’armée coloniale, brûlant les villages et massacrant les populations civiles pour obtenir la soumission.

Au cours de l’expédition du général Cuny, en 1851, le bordj de Tizi Ouzou est pris ; il va servir de base pour la conquête de la montagne.

C’est du bordj de Tizi Ouzou que partira, en 1854, à l’assaut du Djurdjura, l’expédition du général Randon : celui-ci rencontrera la résistance de Lalla Fadhma N’soumer et devra battre en retraite après avoir été battu à la bataille de Tachekrirt, le 18 juillet 1854. Mais il reviendra en 1857, à la tête de forces considérables qui auront raison de la résistance.

Après la prise de Tizi Ouzou, les Français agrandissent et aménagent le bordj turc, en créant des casernes et des entrepôts pour les forces d’occupation. Quelques civils européens s’installent dans des baraquements, vivant de commerce avec l’armée.

Par la suite, la population européenne augmentant, les autorités militaires décident d’installer des colons dans la région et procèdent à l’expropriation des paysans algériens, dont les terres sont rachetées à des prix dérisoires. Des maisons sont construites, en bordure de route passant par le col : ce sera la grande rue du futur village colonial.

La ville de Tizi Ouzou est officiellement créée par décret impérial le 27 octobre 1858. Cette ville a côtoyé longtemps le «village musulman» avant que les deux ne se fondent en un seul.

Tizi Ouzou est souvent appelée la ville des Genêts, traduction de son nom kabyle, tizi uzzu on dit aussi tizi uzezu (le col des genêts). Le genêt, cet arbrisseau épineux à fleurs jaunes, était autrefois très abondant dans la région ; aujourd’hui il est devenu rare, les terrains ayant été défrichés pour la construction. Signalons qu’au sud-est de la ville, un lieudit porte le nom d’El-Guendoul, guendul étant la dénomination en arabe dialectal du genêt.
mbibany
 
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