ASSI YOUCEF à la veille de la révolution de 1954

Histoire de la Kabylie (ex. Wilaya III)

Modérateur: amusniw

ASSI YOUCEF à la veille de la révolution de 1954

Messagede scouts » Mer Jan 21, 2009 06:22

1)-At Buγardan en bref :
Le douar est situé à 40 Km au sud de la wilaya de TIZI OUZOU, il est limité au sud par Haizar (w de Bouira). Au nord par Mechtras, à l’est par Ait Bouadou et à l’ouest par Boghni.
- Superficie : 26.27 km2.
- Population : 18000 habitants alors qu’elle n’était que de 3000 à peine à la veille de la guerre de libération en novembre 1954.

2)-Situation sociale :
Précaire dans l’ensemble puisque les richesses se limitent à une oliveraie mal entretenue, quelques maigres champs de figuiers vieillissants et une infime surface d’espaces utiles détenue par une poignée de gens.
Quelques petits troupeaux de caprins, d’ovins et de bovins s’ajoutent au patrimoine de cette population rongée par la misère.
Pour survivre, beaucoup émigreront en France ou s’engagèrent dans l’armée pendant que les autres moins chanceux offriront leurs bras aux colons qui trouveront en eux une main d’œuvre à bon marché.
La famine fera des ravages pendant les années trente et quarante.
Des familles entières sont décimées par le typhus.

3)-Santé :
Quasiment inexistante.
4)-Enseignement :
Depuis la nuit des temps, l’enseignement restera le domaine inconnu des populations maintenues dans une totale ignorance et ceci jusqu’aux années 1930 où une poignée d’enfants « familles aisées » ou proches de l’administration coloniale (caïd ou gardes-champêtres) est admise a l’école de Mechtras (Paul Pellissier) pour suivre le cycle primaire jusqu’au CM2.
Pour l’histoire, de 1930 à 1955, deux élèves seulement auront la chance de décrocher le diplôme de certificat d’études primaires.
Pendant cette obscure période, à la périphérie du douar, le même colonialisme a quand même lâché du lest en ouvrant des écoles à Bounouh en 1860, en 1894 à Mechtras et en 1906 à Beni Mendès.
Pour At Boughardan ,il fallu attendre 1963 pour voir un début d’école de 02 salles de cours dans lesquelles seront affectés du maîtres de niveau rudimentaire en français.

5)-Alimentation en eau potable :
L’écrasante majorité des populations est alimentée par une eau trouble et souvent peu disponible, qu’elle ramène de loin dans de lourdes cruches que les femmes portent sur leurs dos au quotidien et après de longues attentes, même la nuit a partir des sources comme : Tala n Budouala, Tala n Lhadj, Lançer n Badis, Timessift, Tala n Bouasim, Tala Inezduyen, Tabourt n Lançer, Taouint Ijenjaren, Aourir, Tala n Msaadan, etc.…
Les populations ont puisé même dans la rivière pour peu qu’elle coule.

6)-Assainissement :
Domaine inconnu pour les populations.

7)-Les routes :
Seule la piste carrossable reliant le Douar à Mechtras (appelée Abrid Ouroumi) existait. Les populations dans leurs mouvements principaux empruntaient des pistes piétonnières ouvertes dans des terrains accidentés, escarpes.

8)-Administration :
L’administration coloniale est représentée par un CAÏD et un Garde-champêtre qui gèrent d’une main de fer les populations.
Seul un chalet qu’on appelait (Akham Ouroumi) existait à Taγza.
Ce local servait de siège au Caïd et sa suite qui venaient percevoir « les impôts » que payaient les citoyens imposés, arbitrairement par les cheikhs ou Temans des villages alors valets de l’administration coloniale.


9)-L’électricité et téléphone :
L’écrasante majorité des populations ignoraient jusqu’à leur existence sur terre.
Tel sera le sort réservé par le colonialisme aux populations de ce douar pendant son règne à cause certainement de leur insoumission ouvertement affichée.


10)-Novembre 1954 :

Cette date marquera la suite logique de l’ensemble des soulèvements populaires dirigés contre l’envahisseur français par l’Emir Abd El Kader, Bouamama, Boumazrag, Boumaza, El Mokrani, Lala Fathma N’Soumar …etc.

Toutes ces résistances finiront par laisser en fin la voie aux politiciens qui tenteront à leur tour d’obtenir de leur adversaire pacifiquement ce qu’ils ont perdu par la force à partir de 1927 en vain,
Le massacre de Mai 1945 sera une dernière et douloureuse leçon pour les leaders algériens qui décident en 1947 de se préparer sérieusement à une lutte armée qui interviendra sept ans après.

Ainsi, naîtra le CRUA en Mars 1954 pour procéder au découpage du pays en cinq wilayas, la désignation d’un responsable pour chacune d’elles, de créer le FLN un certain 23 Octobre 1954 qui remplacera le CRUA et de fixer la date de 1er Novembre 1954 pour engager la lutte armée contre l’occupant qui sera surpris par la simultanéité de plusieurs actions armées à travers l’Algérie.

Evidemment, les enfants d’AT BUγARDAN se jetteront corps et âme dans le combat décisif qui sonnera le glas de 132 années d’occupation caractérisée par la misère, l’arbitraire, de crimes à grande échelle, d’analphabétisme …etc.

Leur engagement dans la guerre de libération durant sept années et demie sera la continuité du soulèvement de 1871 dans lequel ils (AT BUγARDAN) se jetteront en masse, en l’occurrence « tharwla ouroumi ». L’ennemi aura raison d’eux et les pourchassera jusqu’à quitter en familles leurs terres et maisons pour se réfugier dans les grottes au cœur du Djurdjura où beaucoup d’entre eux périront du froid et de la faim.

Les grottes en question sont : Ifri Ouhaik, Ifri n’amer ou slimane Ifri Khelav, Ifri Tourselt, Ifri Bouagour, Ifri L’varoudh, Amrah Moh Ou Djaroun et Thivhirth n’Ramdane Iazag.
Elles témoignent ce triste épisode des luttes populaires.

Quelques 466 des meilleurs fils du douar qui représentent environ 15% de toute la population prendront part à la guerre. Parmi les 466 moudjahidine, 69 seront des femmes officiellement reconnues alors que d’autres attendent encore.
A la fin de la guerre, 45% sur les 466 moudjahidine tomberont au champ d’honneur soit 211 chahid dont 02 femmes.
Les quatorze premiers mois de la guerre, le douar sera le fief des maquisards qui le préfèrent pour se reposer en toute sécurité après l’accomplissement de chaque opération dirigée contre l’ennemi ou ces intérêts dans la région.

On comprendra par la sécurité la dense forêt de Thiniri et le majestueux Djurdjura qui recèle plusieurs sites naturels vers lesquels ils se retirent pour faire l’économie des confrontations avec l’ennemi inutilement. Le sang des martyres et celui d’autres blessés, commença à couler le 15 janvier 1956, même si les victimes civiles de la guerre ont commencé en 1955.


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