Zaouia de Sidi Ali Moussa

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Modérateur: amusniw

Zaouia de Sidi Ali Moussa

Messagede mbibany » Jeu Nov 23, 2006 09:51

Zaouia de Sidi Ali Moussa

L?honneur de la tribu


Haut lieu de la th?ologie musulmane pour les uns, l?une des zaouias les plus r?put?es de Kabylie pour les autres. Le mausol?e de Sidi Ali Moussa est, tout simplement un inestimable patrimoine religieux et culturel que les descendants de son fondateur, Sidi M?hamed Ben Youcef, tentent jalousement de sauvegarder.

Reportage r?alis? par Ahmed Benabi



Cette zaouia, dont la renomm?e n?est plus ? faire, est aussi (et peut-?tre surtout !) un passionnant maillage de mythe et de r?alit?. Une fois sous ?la baraka? de ses murailles, il n?y a plus qu?un pas ? franchir pour se mouvoir entre la religion, la l?gende et? l?irr?el.

Voyage au c?ur d?une zaouia pas tout ? fait comme les autres. Depuis Souk El Tenine, il n?y a plus qu?? d?valer une pente bitum?e de quelques centaines de m?tres pour arriver face au mausol?e.

Etrangement, la route qui m?ne vers la zaouia prend fin devant l?immense portail de l?enceinte.

Notre v?hicule, dont le ronflement d?chire outrageusement la qui?tude des lieux, est rapidement englouti par deux gigantesques portes m?talliques pour s?immobilier au coin d?une esplanade assez large, et plus au moins bien entretenue.

Autour de nous, plusieurs b?tisses (tr?s r?centes pour certaines) forment ce qui nous semble ?tre les compartiments et les annexe de la zaouia. Pour acc?der au mausol?e, il faut longer une imposante muraille jusqu?? son terme et, par une porte d?rob?e, franchir quelques marches d?escaliers abrupts et escarp?s.

Au del?, vous ?tes en plein dans la zaouia. Une esplanade, plus petite mais aussi jolie que la premi?re, s??rige au beau milieu des compartiments.
En face, et tout ? fait au fond, deux salles de pri?re et un cours d?eau ornent ce qui semble ?tre le lieu de pr?dilection des talebs.

Plus ? gauche, se tient, majestueuse, la s?pulture du fondateur des lieux, Sidi M?hamed Ben Youcef.


Un vieil ?criteau, dress? ? l?entr?e du tombeau, ?claire les visiteurs sur un important fait historique puisqu?il y est stipul? que le saint en question est affili? ? Hocine Ben Ali Ben Abi Taleb, et Fatima Zahra, la fille du Proph?te.

Il y est ?galement ?crit que Sidi M?hamed Ben Youcef serait venu du Maroc vers le 14?me si?cle, soit quelques 300 ans apr?s la fondation de la dynastie des ?Morabitines?.

Le mausol?e, aux formes carr?es et ? l?esprit architectural assez semblable ? celui des mosqu?es, constitue une halte indispensable pour les p?lerins, appel?s, apr?s cela, ? implorer la faveur de l?autre ma?tre des lieux, Sidi Ali Moussa.

Car, ce qu?il faudrait savoir dans ce palpitant conte, c?est que la renomm?e de la zaouia a ?t? renforc?e au temps de ce dernier, qui n??tait autre qu?un brillant taleb du premier.

Un homme pieux, sage et illumin?, dont l?extraordinaire ma?trise des pr?ceptes de la religion musulmane et l?incroyable don de les enseigner ont fait de lui une v?ritable l?gende, m?me au temps o? il ?tait encore en vie.

Pour lui t?moigner leur reconnaissance, les Izaou?ne l?ont gratifi? de la plus formidable des mani?res, en baptisant la zaouia en son nom.


Un nom si v?n?r? que l?histoire lui attribue un nombre incalculable de miracles et de comportements souvent surr?els. Son propre mausol?e est situ? sur une petite colline, non loin de l?esplanade.

En franchissant quelques marches d?escaliers, et un sentier r?tr?ci, nous tombons nez-?-nez avec la s?pulture. Cette derni?re est entour?e d?un nombre assez important de tombes.

On y regardant de plus pr?s, nous nous rendons compte qu?aucuns des d?funts qui y sont enterr?s ne porte un autre nom de famille que Toumi, Ch?rief, Taleb, Sadouki, Touati, Kadi, A?ssat et Yahi, constituant les descendants des quatre lign?es h?riti?res du saint.

Notre attention est particuli?rement attir?e par une tombe, ?rig?e ? quelques centim?tres de l?entr?e du mausol?e, de feu Toumi Zine, dit Tayeb, le p?re de la ministre de la Culture, Khalida Toumi, d?c?d? le 12 janvier 2005.

Sur consigne de nos accompagnateurs, D?da Moh Arezki, D?da Ali Seddouki, D?da Moh Touati et D?da Amar Taleb, qui se sont rapidement reconvertis en guides, nous nous d?chaussons en signe de respect avant d?acc?der ? la derni?re demeure du ma?tre des lieux.

A l?int?rieur, des femmes ayant pris place au coin de la pi?ce, entonnent bruyamment des chants inaudibles, presque confus. Des chants qui seront imm?diatement interrompus d?s notre arriv?e.

?C?est leur mani?re d?implorer les bienfaits du saint. C?est une coutume chez-nous !?, nous explique, souriant, l?un de nos h?tes, qui sera pr?cipitamment interrompu par son ami, press? de nous expliquer le rituel de la ?ziara? jusque dans ses moindres d?tails.

C?est de la sorte qu?on apprendra que, pour esp?rer ?tre gratifi? de la b?n?diction de Sidi Ali Moussa, il faudrait effectuer sept tours autour de sa tombe et faire un don en l?honneur du saint.

Sur la pr?sence d?une multitude de draps multicolores sur la s?pulture, nos h?tes nous expliquent qu?il s?agit, l? encore, d?un rituel tr?s ancien que les visiteurs tiennent ? perp?tuer.

Notre visite s?ach?vera par deux haltes, constituant les seuls lieux rest?s authentiques de la zaouia : El Djama? Oucharki, une sorte d?auberge accueillant les p?lerins venant de loin et qui peuvent s?journer dans les lieux autant qu?ils le voudraient, gr?ce ? l?hospitalit? des Izaoui?ne, ainsi que El Kheloua, une chambre sombre et myst?rieuse, o? le saint avait pris l?habitude de s?isoler pour m?diter et centempler le monde.

En quittant ce dernier lieu, nos h?tes nous informent que tous les compartiments de la zaouia vont ?tre inscrits comme ?tant patrimoine culturel. Le projet est toujours en cours.



Rendre ? C?sar?

Depuis sa fondation, au quinzi?me si?cle, la zaouia ? toujours ?t? g?r?e par les descendants du saint.

D?abord son fils Tsoumi, puis ses quatre enfants Ahcene, Tsouathi, Kadhi et A?ssa. Ses quatre fils ont donn? quatre lign?es (Idhirmane) lesquels repr?sentent les huit noms de familles pr?c?demment cit?s.

A l?arriv?e de l?occupant fran?ais, de s?v?res repr?sailles ont ?t? op?r?es contre la zaouia et le village d??Izaouiene? qui opposaient une farouche r?sistance ? l?arm?e fran?aise.

D?ailleurs, bon nombre de soul?vements y ont ?t? pr?par?s. La zaouia a m?me ?t?, un certain temps, le Q.G. des troupes de Boubaghla et plusieurs indices historiques indiquent que l??mir Abdelkader lui m?me s?y ?t? rendu pour n?gocier l?all?geance de la Kabylie ? sa cause.

De fait, les repr?sailles aveugles se sont manifest?s, dans un premier temps, par la destruction du mausol?e de Sidi Ali Moussa en 1852 suite aux batailles livr?es par le commandant de Fadhma N?soummer, Boubaghla, ? partir de la zaouia, et, dans un second temps par le s?questre, en 1870, de tous les biens des Izaoui?ne en maisons, terres et zaouia.

Si les maisons ont ?t? r?cup?r?es imm?diatement contre payement d?un droit, les terrains l?ont ?t? aussi, mais au nom des cheikhs de tolbas de l??poque, Mechouet Mohammed Cherif, et ce, contre payement d?un droit et avec la promesse de les r?inscrire en tant que propri?t?s de la zaouia, lorsque la r?glementation le permettra.


S?agissant de la zaouia et ses d?pendances, rest?es dans les domaines de l?Etat, un bail a ?t? consenti (? l?insu des Izaoui?ne) au nouveau cheikh des tolbas, un certain Ben Reguieg Hamlat Abdelkader, le 1er d?cembre 1929.

D?s lors, la tribu des Izaoui?ne n?a pas h?sit? ? intenter de nombreux proc?s ? l?encontre de ce dernier et du pr?fet d?Alger.

Des proc?s qui ont d? ?tre arr?t? durant la guerre de Lib?ration et jusqu?? l?ind?pendance, notamment avec la reprise, par les Izaoui?ne, de la gestion de la zaouia en tant que propri?taires l?gitimes et naturels.

Cet ?tat de fait allait durer jusqu?au milieu des ann?es 60, pour que la zaouia connaisse ses premi?res heures de d?cadence.

En effet, et suite ? un diff?rend opposant deux personnes du village, les autorit?s de la wilaya ont mis en place un directoire coll?gial compos?, dans un premier temps, de deux repr?sentants des Izaoui?ne (dont le directeur) et d?un d?l?gu? pour chacun des autres villages du arch de Sidi Ali Moussa.

A se fier aux propos des membres de l?association religieuse de la zaouia, ce nouveau mode de fonctionnement aurait donn? naissance ? une s?rie de d?passements, aussi incompr?hensibles que condamnables.

D?apr?s nos interlocuteurs, le comit? coll?gial a proc?d? ? la construction d?une mani?re anarchique, sans respect pour le cachet de la zaouia, et ce, tout en d?truisant des ?difices historiques inestimables.

?Ils se sont m?me permis de raser les tombes de Tsoumi et de sa femme, les seules, qui c?toyaient celle de Sidi M?hammed Ben Youcef !??, fulmine M. Taleb Moh Arezki, l?un des descendants du saint
.
Et de s?interroger : ?A quel fin a-t-on d?truit le vieux b?ti ? Pourquoi a-t-on fait dispara?tre les tombes de nos a?eux ??? Les d?bats qu?on a eu avec nos h?tes des Izaoui?ne ?taient plus que passionnant.

Ils nous ont permis non seulement de retracer les passionnants faits historiques qui ont marqu? le parcours de la zaouia, mais aussi de situer ce qui s?apparente ? un v?ritable conflit aux soubassements incompr?hensibles pour le moment.

Entour? de quelques-uns de ses vieux amis (encore des descendants du saint) M. Taleb nous a ?tabli un constat on ne peut plus clair. Nous apprendrons, par exemple que ce comit? coll?gial n?a manifest? aucune volont? de r?cup?rer les terres de la zaouia, et que les Izaouine n?ont ?t? r?tabli dans la gestion de la zaouia qu?en 1992, suite ? la d?signation d?une commission d?enqu?te.

Les multiples d?marches entam?es aupr?s du minist?re des Affaires religieuses ont ?galement permis d?assainir d?finitivement les chose en organisant une rencontre pr?sid?e par feu Si Mohand Salah Amokrane en pr?sence d?anciens tolbas et d?ancien cheikhs.

Lors de l?entrevue, les enfants des deux derniers cheikh des tolbas avant la guerre de 1954, soit Mechouet Mahdi, fils de Mohamed Cherif, et Hamlat Si Ali, fils de Abdelkader, auraient t?moign? de la seule pr?sence des Izaoui?ne durant les longs parcours de leurs parents ? la zaouia. Depuis cette date, l?association religieuse a continu? tranquillement son travail de gestion, et a m?me obtenu son agr?ment en 1996.

Toutefois, les tracasseries n?ont pas cess? pour autant. En 2006, et pour se mettre en conformit? avec la loi r?gissant les associations, le renouvellement du bureau de l?association pose subitement (et curieusement !) probl?me.
Cela fait, selon nos interlocuteurs, plus de quatre mois que les choses tra?nent au niveau de l?administration pour des raisons non encore connues. De fait, les repr?sentants de l?association ne cessent de s?interroger.

Pour eux, les choses sont si simples : Ils estiment qu?ils ont obtenu la restitution de la gestion de la zaouia par un moyen l?gal et c?est par ce m?me moyen qu?ils comptent s?opposer ? ceux qui ?nourrissent des velleit?s envers cette r?gion?.

Ceux-l?, ajoutent nos interlocuteurs, n?ont qu?? recourir ? la justice, seule instance habilit?e ? trancher et ? r?habiliter les personnes dans leur droit. Notre voie de recours dans ce conflit est le wali en lequel nous avons enti?rement confiance et convaincu qu?il agira dans l?int?r?t de la zaouia et de la sauvegarde de notre association. Ajoute notre interlocuteur.

source: La Depeche de Kabylie 23/11/006
mbibany
 
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