Achoura en Kabylie,Tradition, religion et? l?gendes

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Modérateur: amusniw

Achoura en Kabylie,Tradition, religion et? l?gendes

Messagede mbibany » Mer Jan 31, 2007 11:52

Achoura en Kabylie
Tradition, religion et? l?gendes


L?Achoura de cette ann?e tombe au beau milieu de la semaine et cela a emp?ch? des milliers de p?lerins lointains d?effectuer le trajet vers nous. Ce ? quoi nous avons d?cid? de tenir un autre rendez-vous ce week-end pour c?l?brer la f?te comme il se doit


Par Ahmed Benabi




Pour tout bon Kabyle, la f?te de Achoura est un jour exceptionnel. Pour ne pas d?roger ? la r?gle, enracin?e dans les coutumes, kabyles depuis de lustres, la r?gion a r?p?t? sans avoir l?air de s?en lasser ces innombrable rituels de c?l?bration, o? le mythe se m?le souvent ? la r?alit? et o? la religion et la l?gende ne font plus qu?un.

Comme nulle part ailleurs, Achoura, l?une des plus importantes f?tes musulmanes, ? ?t? f?t?e en Kabylie dans le faste et avec tous les honneurs.

Voyage au c?ur de plus importants p?les d?attraction du jour. Pour les invit?s, il est inconcevable de parler de la wa?da de ?Tha?chourt? sans ?voquer le M?qam de Cheikh Abdellah Ben Hessan Ben Machiche ? Beni Douala.

Nous d?cidons d?y effectuer notre premi?re escale. Il est 10h, il fait tr?s frais, et le centre-ville nous parait ?trangement crisp? pour un rendez-vous aussi important.

La ville semble comme retenir son souffle pour accueillir, le plus convenablement possible, les centaines de p?lerins qui l?assi?geront d?ici quelques heures.
Les organisateurs, un peu nerveux, et parfois z?l?s, sont aux aguets. Ils r?agissent aux moindres faits et geste. Pourtant, l?ambiance r?gnant sur les lieux n?y pr?te gu?re.

A cette heure de la journ?e, l?on ne se bousculait toujours pas devant le mauso du saint. ?Il fait trop froid, et puis il est trop t?t pour se prononcer !?, nous lance un jeune homme, exhibant fi?rement son badge d?organisateur, comme pour justifier la timide affluence du moment.

Lorsque le ciel se d?voile, quelques moments plus tard, laissant filtrer quelque deux rayons d?un soleil qui ne voulait toujours pas se montrer, Beni Douala commen?ait ? conna?tre ses premiers embouteillages.

C?est le signe ind?niable d?une journ?e qui s?annonce trop mouvement?e. Sur les deux all?es d?escaliers menant vers la s?pulture du saint, la masse humaine commence ?galement ? se faire plus ?paisse, tout comme l?esplanade faisant face ? la salle des pri?res.

Pour l?occasion, cette derni?re ? ?t? sp?cialement am?nag?e pour que les p?lerins puissent verser leurs dons, publiquement, et sous la b?n?diction d?une dizaine de Cheikhs, entonnant, ? chaque don, d?incompr?hensible formulations de gratitude au profit du donateur.

Mais le rituel ne s?arr?te pas l?: il faudrait implacablement implorer la b?n?diction du saint des lieux, Abdallah Ben Hessan Ben Machiche.
Cela peut se faire par un simple d?tour ? son tombeau, ?rig? au beau milieu de l?esplanade.

Le saint est ?courtis?? par ses fid?les pour demander protection, paix et prosp?rit?. Il est ?galement ?sollicit?? pour ?schansser certains v?ux, dont certains rel?vent de l?impossible.

Mais peu importe, les p?lerins sont convaincus que leur saint ? maintes reprises, vaincu l?impossible et r?alis? des miracles. C?est, du moins, ce qui se raconte sur cet homme pieux, tr?s attach? aux pr?cepts de la religion musulmane.

Un homme qui serait venu du Sahara Occidental, vers le 13?me si?cle et qui serait, selon ses descendants, affili? ? Ali et Fatima, le gendre et la fille du Proph?te.

Au jour d?aujourd?hui, c?est ? sa descendance, regroup?e dans le village d?Ath Bouyahia, que revient l?honneur de g?rer, de mani?re exclusive, les diff?rents rendez-vous avec les fid?les, notamment le ?Mouloud ? et ?Achoura?.

Des rendez-vous durant lesquels les p?lerins et les h?tes perp?tuent des rites tr?s anciens o? les soir?es religieuses (citations coraniques) c?toyaient les c?r?monies de sacrifices et de donation ainsi que les d?ners traditionnels au profit de tous ceux qui mettent les pieds au M?qam.


Matoub, Cheikh Mohand, Djeddi Menguellet et les autres

Lorsque nous quittons Beni Douala ? la mi-journ?e, la ville ?tait compl?tement envahie par une v?ritable d?ferlante humaine. A la faveur d?une m?t?o devenue plus cl?mente que dans la matin?e, les fid?les d?cident enfin de sortir.
Le saint des lieux a encore une fois fait honneur ? son rang. Nous nous appr?tons ? rallier Mekla, o? de nombreuses ?manifestations? similaires se tiennent simultan?ment. Mais il nous a ?t? difficile (tr?s difficile m?me !) de reprendre notre p?riple sans faire un crochet ? cet autre lieu de p?lerinage un peu plus particulier que les autres, mais tout aussi symbolique : Taourirt Moussa.

Matoub Loun?s est ?galement honor?... chaque Achoura ! La chose peut para?tre compl?tement insens?e mais tellement r?elle qu?il est impossible de ne pas en parler.
Lors de cette vir?e, il nous a ?t? donn? de constater que la majorit? de ceux venus implorer le saint Ben Machiche -et plus particuli?rement les jeunes-effectuent - presque machinalement - une halte sur la tombe du chantre, quelques centaines de m?tres plus bas.
Comme l?an dernier, et celui d?avant, le tombeau de Loun?s, sa maison et le si?ge de la Fondation au sous-sol sont noirs de monde. Neuf ans apr?s sa mort, Matoub suscite toujours l?admiration. Son image draine toujours les foules. De l?, nous empruntons plusieurs raccourcis (dont certains ?taient improbables) pour rejoindre la localit? de Mekla dans les temps.

Il est 13h30, des citoyens de cette paisible localit? nous informent que plusieurs ?wa?das? sont organis?es dans les villages alentours. On nous conseille, toutefois, de nous diriger vers le plus proche d?entre-eux : A?t Mansour Ouahmed.

Lorsque nous arrivons sur place, une poign?e de minutes plus tard, la f?te ?tait d?j? ? son summum.

Les interminables files de voitures, immobilis?es sur les deux c?t?s de la chauss?e, nous renseignent d?j? sur l?importance de l??v?nement. Deux pistes pi?tonnes abruptes et tr?s sinueuses nous m?nent vers le mausol?e de ?Boudjlid?, le saint des lieux.
Ici aussi, l?organisation est parfaite mais, fait inhabituel en de telles circonstances, il n?y a point de mixit?. Les deux pistes pr?c?demment cit?es s?parent les hommes des femmes et une fois dans la cours du mausol?e, les hommes se tiennent ?galement ? l??cart des femmes. Toujours est-il que l?ambiance ?tait extraordinairement joviale et d?tendue.

En gros, c?est les m?mes pr?ceptes qui se r?p?tent : A manger pour tout le monde, des pri?res et des dons ? parfois hallucinants ? pour implorer les faveurs du saint. Des principes qui seront ?galement respect?s puis appliqu?s ? la lettre dans l?impressionnante ru?e vers le m?qam du ?cheikh Mohand?, situ? ? quelques encablures d??Igoulfane? entre Mekla et Michelet.

C?est l?un des plus grands rassemblements humains auxquels on a assist? ? ce jour. Pour s?y rendre, il faut d?valer une pente escarp?e et vieillissante. Plusieurs dizaines de v?hicules s?entrecroisent dans une exigu?t? incroyable, donnant naissance ? d?indescriptibles sc?nes de confusions. Par on ne sait quel miracle (peut-?tre celui de cheikh Mohand !) tous les p?lerins parviennent ? atteindre leur destination.

Ceux qui en ressortent se d?brouillent pas mal non plus. La cohue prend soudain les allures d?une v?ritable fiesta et tout le monde semble savourer ces moments o? les salutations et les sourires sont distribu?s aussi spontan?ment que gracieusement.
On ne saura peut-?tre jamais combien ?taient-ils ? braver le mauvais temps ce lundi et ? s?engouffrer dans cette immense vall?e o? repose le saint, mais il est clair qu?il s?agissait bien de la plus grandiose f?te de la r?gion.
Un jeune organisateur, questionn? sur les pr?paratifs et l?entrain du jour, nous r?pond : ?Vous n?avez rien vu ! Revenez jeudi et vous verrez combien ils seront ? se recueillir pr?s du m?qam. L?Achoura de cette ann?e tombe au beau milieu de la semaine et cela a emp?ch? des milliers de p?lerins lointains d?effectuer le trajet vers nous. Ce ? quoi nous avons d?cid? de tenir un autre rendez-vous ce week-end pour c?l?brer la f?te comme il se doit, ? plus ... forte raison que les villages alentours organisent, aujourd?hui ?galement, des festivit?s similaires aux n?tres !? Notre interlocuteur nous apprendra ?galement que beaucoup de p?lerins seront convi?s ? passer la nuit sur les lieux, puisque dit-il, un d?ner sera servi ? tous ceux qui d?cideront de rester et ce, en plus de la soir?e religieuse (Ts?dhkir) que les khwan du village animeront en leur honneur.

Pris par le temps, nous nous arrachons p?niblement ? cette extraordinaire ambiance qui pr?vaut au mausol?e du cheikh Mohand pour pouvoir poursuivre notre p?riple.
Destination : A?n El Hammam, o? les Ath Menguelet font ?galement honneur ? leur saint. Sur place, nous sommes ?galement absorb?s par un bouchon monstre.
L? aussi, les gens affluent de partout. Quand nous arrivons au seuil de la s?pulture de ?Djeddi Menguellat?, nous sommes saisi par ces ?trange rituels qui font que les p?lerins, se bousculant devant l?entr?e du m?qam y acc?dent ?normalement?, y font un tour ?de circuit? puis en ressortent en ?marche arri?re?.

Un rituel, apprend-on, aupr?s d?un descendant du saint que les populations venues exhorter la b?n?diction du ma?tre des lieux, perp?tuent depuis la mort de ce dernier au 18e si?cle.
Arriv? dans la r?gion vers 17h30, Djeddi Menguellat ?tait accompagn? de ses deux fr?res Khelifa et Amar Sa?d. On lui attribue des pouvoirs surhumains. Les l?gendes qui les racontent sont aussi irr?elles que fabuleuses.

Des pouvoirs, nous dit-on encore, qui ont continu? ? se manifester et ? le prot?ger (ainsi que tous ses fid?les) m?me apr?s sa mort, ? l?image de ces trois soldats, charg?s de d?truire la s?pulture du saint et qui ont trouv? la mort sur le champs, dans des conditions myst?rieuses.
La mystification du saint se prolonge encore dans une multitude de fables identiques, qu?on ne pourrait citer dans une seule page de journal.

Ce qui est ? noter, par contre, c?est l?affluence relativement modeste des p?lerins.

Certains ont mis ?a sur le dos de la m?t?o, d?autres nous apprennent que la ?vraie f?te? est programm?e pour ce week-end, exactement comme chez les descendants de cheikh Mohand. Selon des indications recoup?es, il y aurait pas moins d?une cinquantaine de f?tes similaires rien que dans la wilaya de Tizi Ouzou. Notre p?riple ? nous nous a men? dans cinq d?entre-elles pour tenter, le plus fid?lement possible, de rapporter les faits du jour. C??tait un pur r?gal !



A. B.
La depeche de kabylie 31-01-2007
mbibany
 
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