Mouloud Mammeri et l?ind?pendance canarienne

En Atlantique, au dela du Detroit de Gibraltar.

Modérateur: mbibany

Mouloud Mammeri et l?ind?pendance canarienne

Messagede mbibany » Jeu Mai 17, 2007 10:56

Mouloud Mammeri et l?ind?pendance canarienne


Antonio Cubillo [1]

Je voudrais vous parler de l?influence de Mouloud Mammeri sur un jeune mouvement de lib?ration : le MPAIAC (Mouvement pour l?autod?termination et l?ind?pendance de l?archipel canarien). Je suis arriv? ? Alger en octobre 1963 comme r?fugi? politique, apr?s avoir pos? le probl?me du colonialisme aux Canaries devant le FLN, et avoir re?u l?autorisation de m?installer en Alg?rie en tant que repr?sentant des r?volutionnaires canariens. [...]

Apr?s avoir entrepris des d?marches et contacts administratifs, j?arrivai donc en octobre 1963 ? Alger. D?s le lendemain je me suis pr?sent? ? l?universit? d?Alger pour un travail au d?partement d?espagnol. Imm?diatement ce poste m?a ?t? attribu?. Le troisi?me jour apr?s mon arriv?e j?enseignais aux ?tudiants alg?riens du d?partement d?espagnol, r?cemment cr??. Pr?cis?ment ce troisi?me jour j?ai eu l?honneur de conna?tre Mouloud Mammeri qui dispensait des cours d?ethnographie dans le m?me b?timent de la facult? des lettres o? je travaillais. Je peux dire que de ce premier contact est n?e une amiti? ?troite qui s?est d?velopp?e par la suite ? la fois dans le domaine de la recherche scientifique et dans le domaine politique. Sur le plan personnel, cette rencontre a eu une grande influence sur ma propre formation africaniste, me permettant de cr?er de nouvelles bases solides afin de transformer notre premier mouvement autonomiste canarien qui devint par la suite le MPAIAC.

La longue nuit coloniale de cinq si?cles, telle une pierre tombale ?crasant la conscience de notre peuple guanche, avait influ? sur les premiers ind?pendantistes canariens qui avaient commenc? la lutte en 1960. L?Espagne avait fait tout son possible pendant ces cinq si?cles pour que notre peuple rompe tous les liens avec notre continent africain. La m?connaissance du monde africain aux Canaries ?tait terrible dans les ann?es 60, coexistant avec le facteur du racisme qu?il y avait envers les Maures en particulier, et les Africains en g?n?ral, et dont les r?percussions retentirent jusqu?aux Canaries. Bien que nous sachions que les Guanches venaient de ce continent, l?acculturation qui nous a ?t? impos?e par l?Espagne durant cette p?riode ?tait un facteur n?gatif entra?nant de profondes influences aux Canaries.

Ainsi le d?but du si?cle dernier verra la formation des premiers mouvements ind?pendantistes en Am?rique qui ?chou?rent par ignorance du contexte africain. Il faut noter d?autre part, que c?est ? partir des ann?es 50 que l?impact de la grande vague anticoloniale allait mettre fin au colonialisme. En ce qui nous concerne, des informations fragment?es nous parvenaient. Il est notoire que le colonialisme espagnol avait int?r?t ? tergiverser et ? occulter la v?rit? au sujet de ces luttes de lib?ration, comme il l?a fait pour les r?voltes sahraouies en 1956. C?est ainsi qu?il pr?senta la contre-offensive franco-espagnole comme une croisade contre les dangers maure et africain.

Je signale tous ces aspects pour vous donner une id?e des probl?mes qu?en ces ann?es-l?, j?avais expos?s ? mon bon ami et coll?gue Mouloud Mammeri. Apr?s m?avoir ?cout? attentivement, Mouloud m?avait invit? ? me rendre chez lui ? Taourirt, dans sa colline des A?t-Yenni. Ce fut un voyage extraordinaire et pour la premi?re fois, je fis connaissance avec la Kabylie par le biais d?un expert. C??tait la Kabylie de 1963 qui venait de sortir d?une guerre de lib?ration, encore pleine de foi et d?esp?rance en l?avenir. Par les routes de montagnes il m?expliquait les ?tapes de la lutte de lib?ration, les souffrances et combats du peuple alg?rien, sa r?sistance contre le colonialisme et les caract?ristiques particuli?res de la glorieuse lutte en Kabylie contre le colonialisme fran?ais depuis les temps de la conqu?te. En cours de route, apparaissaient des noms de villages et de lieux qui me rappelaient des toponymes canariens. Mouloud m?expliquait leur signification et nous les comparions avec ceux des Canaries, et de cette mani?re il m?expliquait la structure de la langue tamazight. De la toponymie nous sommes pass?s ? l?ethnographie de la soci?t? berb?re, cette soci?t? qui a r?sist? tout au long des si?cles aux diverses colonisations. Mouloud m?a parl? alors de l?anthropologie culturelle et de l?importance que nous avions nous autres Canariens, ? conna?tre notre pass? et notre origine ancestrale. Le probl?me, lui dis-je, est que notre peuple, ? cause du colonialisme avait perdu sa langue.

? Peu importe, me dit-il, vous ?tes des Berb?res m?me si maintenant vous ne parlez pas la langue ; de prestigieux Berb?res comme Donati, saint Augustin, Tertullien, Apul?e, qui pourtant parlaient en latin ; Septime S?v?re qui devint empereur, s?exprimait ?galement en latin et pourtant il ?tait berb?re. Ibn Khaldoun, parlait, s?exprimait et ?crivait en arabe ou Kateb Yacine en fran?ais, mais cela n?emp?che pas qu?ils ?taient de grands penseurs berb?res. Un jour viendra, quand vous serez libres et ind?pendants, o? vous introduirez la langue des a?eux, et les nouvelles g?n?rations la parleront dans un proche avenir. Jean Amrouche disait, qu?il concevait et raisonnait en fran?ais mais qu?il ne pouvait pleurer qu?en berb?re. Vous m?avez dit que vous pensez en espagnol et ?crivez en cette langue, mais quand vous ?coutez la musique, vous vous ?mouvez ? l??coute de la berceuse comme un enfant guanche ou quand vous ?coutez un chant traditionnel, votre corps danse comme un Guanche parce que ce sont des musiques du peuple guanche, n?est-ce pas ? En Afrique du Nord nous sommes plus de 20 millions ? parler tamazight, et la Tamazgha s??tend des ?les Canaries jusqu?au canal de Suez. L?important n?est pas la langue mais la conscience qu?on a d?appartenir ? un peuple. Un jour on va te pr?senter Kateb Yacine, l?un des plus grands ?crivains modernes. Il ?crit en fran?ais, il ne parle pas le berb?re pour diverses raisons, mais il se sent chaoui et nous le consid?rons comme l?un des plus grands ?crivains berb?res de notre temps. Quand il reviendra en Alg?rie, nous allons lui enseigner le tamazight puisqu?il a d?j? conscience d?appartenir ? notre peuple et pense comme un Berb?re. ?

Quelques ann?es plus tard, Mustapha Ben Hamou me pr?senta ? Kateb Yacine que nous avons emmen? au CRAPE pour que Mammeri r?alise son souhait.

De retour ? Alger, Mouloud me pr?ta deux de ses livres : La Colline Oubli?e, sa Taourirt, et une ?tude. Soci?t? berb?re, publi?e en 1938 alors qu?il avait ? peine vingt ans. Cette ?tude ?tait tr?s importante pour moi puisque j?y ai trouv? de grands parall?lismes, avec la soci?t? de quelques villages canariens et cet esprit de r?sistance qui subsiste dans le monde canarien. M. Mammeri, en se faisant ethnologue de sa propre soci?t?, met les connaissances qui l?avaient s?par? de sa propre culture, au service de son peuple et par extension, au service du monde berb?re. Dans ses deux livres, il d?couvre le r?le traditionnel de l?amusnaw, des po?tes et des chanteurs de rues, d?positaires du savoir de tout un peuple tamusni. Cet amusnaw existe aussi aux Canaries, et avec ses po?mes et chants populaires, il a conserv? pour les g?n?rations nouvelles, le souvenir de notre peuple guanche et ses luttes de r?sistance. Il va sans dire, qu?il m?a transmis son enthousiasme pour l?ethnologie et d?s que j?ai pu je me suis inscrit ? son cours d?ethnographie de l?Afrique du Nord jusqu?? obtenir le dipl?me correspondant.

Ce qui m?a plu le plus chez Mouloud, apr?s avoir lu ses deux premi?res ?uvres est qu?il a maintenu ses id?es et ses convictions depuis sa jeunesse et qu?il a consacr? toute sa vie ? son peuple, qui est notre peuple ? nous tous. En ce temps-l? (1963), Mouloud essayait de convaincre les responsables du minist?re de l??ducation, de l?importance d?enseigner la langue berb?re ? l?universit?. Quelques-uns se rappelleront tous les probl?mes qui ont surgi, car le minist?re s?y refusait, affirmant que le berb?re n??tait pas une langue et par cons?quent ne m?ritait pas d??tre enseign?. Les amis de Mouloud et presque tous les coll?gues de l?universit? ont entrepris une longue lutte pour arriver ? faire admettre l?enseignement du berb?re, en d?non?ant les secteurs immobilistes. Cette lutte anti-Mammeri a fait que je me joignis ? son combat et le consid?rai comme mien puisque j??tais moi-m?me l?une des personnes int?ress?es par l?enseignement de la langue tamazight dans les universit?s alg?riennes. Nous savions que l?ancestrale langue de l?Afrique du Nord, le tamazight ou le berb?re ?tait enseign?e dans presque toutes les universit?s europ?ennes, aux USA et au Japon, et nous ne comprenions pas comment sur les lieux m?mes o? elle se parlait en Afrique du Nord, origine de la langue et culture berb?re, elle n??tait ni enseign?e ni ?tudi?e.

Avec le temps, nous sommes arriv?s ? ce que soient donn?s ? l?universit? d?Alger lesdits cours, jusqu?en 1973. J?ai assist? aux magistrales le?ons de Mouloud, le?ons qui m?ont beaucoup servi dans mes ?tudes sur le guanche et qui ont donn? lieu ? un changement radical dans les travaux culturels et politiques de ce qui est devenu plus tard notre mouvement de lib?ration nationale. De toute fa?on d?s le d?but de l?ann?e 1964, Mouloud insistait pour que notre premier mouvement autonomiste se transform?t en un mouvement de lib?ration africain. Il ?tait n?cessaire de faire ressortir le facteur africain et parler de l?autod?termination et de l?ind?pendance et encore plus apr?s la cr?ation de l?OUA. Toutes ces r?flexions je les trans- mettais ? mes compagnons qui ?taient rest?s aux Canaries, et en m?me temps j?envoyais des douzaines de livres et revues, des publications du mus?e du Bardo que me procurait Mouloud pour que l?on prenne conscience, aux Canaries, du facteur africain et pour que soit ?tudi?es les racines. Dans toutes les publications du mus?e du Bardo et du CRAPE (Centre de recherches anthropologiques pr?historiques et ethnographiques) Mammeri insistait sur l?aspect culturel de la lutte de lib?ration. Pour cela il m?a procur? une grande quantit? de livres publi?s ? Alger, pour que les centres universitaires et culturels canariens eussent toutes ces publications et attisassent leur int?r?t pour tout ce qui est relatif ? notre continent africain, l?Afrique du Nord en particulier et la Berb?rie en g?n?ral. L?essentiel pour le peuple guanche en ces moments-l? ?tait de trouver un trait d?union qui le lie ? son pass? ancestral qui est pr?sent ici, sur le continent, dans cette partie de l?Afrique du Nord.

? II faut faire d?couvrir ? ton peuple le sens de la continuit? historique parce que les Espagnols ont essay? d?effacer sa m?moire historique. Les colonisateurs ont toujours essay? d?effacer la m?moire historique des peuples pour les abrutir et mieux les dominer. Un peuple sans conscience historique n?est pas un peuple ou si tu veux c?est un peuple analphab?te. Le devoir des intellectuels et des hommes politiques engag?s dans la lutte de lib?ration est de leur enseigner leur histoire et r?veiller leur conscience historique pour qu?un jour ils se l?vent et luttent pour leur patrie soumise. ?

Nous autres Canariens, sommes tr?s reconnaissants ? tout ce qu?avait fait Mouloud pour nous en ces ann?es-l?. De ces envois de livres et contacts culturels surgit un grand int?r?t pour tout ce qui venait de l?Alg?rie et de l?Afrique du Nord en g?n?ral. Gr?ce ? ces livres beaucoup d??tudiants sont aujourd?hui des professeurs africanistes. Mouloud savait ce qu?il faisait et comment cela devait se faire puisqu?il voyait tr?s loin. Moi j??tais d?accord sur ses vues en faveur de la lib?ration de cette partie de l?Afrique du Nord que sont les Canaries. Mouloud insistait continuellement sur la personnalit? africaine et fut un grand d?fenseur des id?es qui ont ciment? l?organisation de l?unit? africaine. Il fallait red?couvrir les cultures africaines et les ethnies pour que cette phrase du grand leader africain Massinissa ? l?Afrique pour les Africains ? devint une r?alit?. Quand, plus tard, je l?aidais dans ses travaux au CRAPE, avec d?autres amis alg?riens (certains se trouvent aujour- d?hui ici) pour trouver beaucoup de mots berb?res qui avaient disparu du kabyle et qui par exemple se trouvaient dans ce qui reste de la langue guanche comme efeken (temple) ou awanak (nation ou r?publique) ou usan sufen (bonjour). A ce centre d?investigation ont d?fil? beaucoup d?intel- lectuels touaregs, venus de Libye, du Mali, du Niger, du Burkina Faso ou du Nigeria. Peu ? peu se propageait ? travers l?Afrique du Nord la nouvelle qu?? Alger se pr?parait l??laboration d?un dictionnaire panberb?re VAmawal. Du Maroc, de Libye, du Niger et du Mali arrivaient des personnes int?ress?es par lesdits travaux et cela nous servait ? d?couvrir une nouvelle solidarit? ethnique qui couvrait toute l?Afrique du Nord. Cela signifie que dans toute l?Afrique du Nord et au-del? du Sahara, il y avait une culture nationale qui n??tait pas du folklore, mais une s?rie de gestes et faits culturels r?alis?s par un peuple divis? par des fronti?res et des colonisations, qui s?est maintenue tout au long des mill?naires. Mammeri me disait qu?une grande partie de la musique qui, en Alg?rie ?tait dite arabe, ?tait en r?alit? de la musique berb?re mais chant?e en arabe comme aux Canaries la musique guanche ?tait chant?e avec des paroles espagnoles. Dans les recherches sur le terrain, Mouloud emmenait les ?l?ves pour une v?rification pratique car ce qu?il disait il le d?montrait toujours. Nous v?rifiions ces faits et cela nous donnait une garantie intellectuelle pour renforcer nos affirmations. Ainsi donc nous avons form? des ?quipes dans lesquelles ?taient pr?sents des chercheurs de divers pays d?Afrique du Nord pour ?laborer le Amawal.

En octobre 1964, Mouloud m?a conseill? de me rendre ? la r?union des pays non align?s qui a eu lieu au Caire. Ainsi j?aurais l?occasion de discuter avec les leaders des diff?rents mouvements de lib?ration africains. Le FLN m?a facilit? le d?placement, ce qui m?a permis de conna?tre tous les dirigeants des peuples en lutte contre le colonialisme et l?Apartheid, tels que Agostinho Neto, Cabrai, Moudiane et les combattants de l?Afrique du Sud. Ils m?ont tous dit que tout combat de lib?ration est, avant tout, un combat culturel. Amilcar Cabrai a insist? sur ce point ? plusieurs reprises et m?a dit qu?il fallait former imm?diatement le mouvement de lib?ration des Canaries pour lutter pour la totale lib?ration de notre continent africain. Frantz Fanon lui-m?me affirmait :

? Nous pensons que la lutte organis?e et consciente men?e ? terme par un peuple colonis? pour r?tablir la souverainet? de la nation constitue la manifestation enti?re de la culture. ?

J?ai ici un facteur fondamental de notre lutte que notre mouvement devrait d?velopper au maximum, ? savoir l?aspect culturel. L?investigation sur nos a?eux les plus lointains devrait se faire en Alg?rie et au Maroc et m?me en Libye, et cela ?tait un aspect m?connu par nous, orphelins dans ces ?les occup?es depuis cinq si?cles par le colonialisme espagnol, un des plus terribles du monde.

Je dois reconna?tre ici, en l?honneur du grand ma?tre, qu?en 1963-1964, l?administration de ce pays, ? peine l?ind?pendance obtenue, ne fonctionnait pas encore, je suis rest? une ann?e enti?re sans percevoir mon salaire de professeur. Gr?ce ? mon ami, coll?gue et ma?tre Mouloud Mammeri j?ai pu survivre et bien s?r, en 1964, lorsqu?on nous eut pay? l?ann?e scolaire, j?ai rembours? ma dette. Durant tout le temps o? j?ai eu l?honneur de partager l?amiti? de Mouloud, je me suis rendu compte que le principal probl?me de notre peuple ?tait la crise de l?identit? culturelle et la conscience nationale. Il fallait cr?er ou red?couvrir notre propre identit?, pour l?approfondir dans la conscience nationale. Mouloud me disait que pour nous ce serait peut-?tre facile, puisque nous ?tions isol?s dans la mer. Cela pourrait renforcer notre identit? et nous n?allions pas rencontrer des probl?mes comme les nouveaux pays africains qui, pour avoir h?rit? des fronti?res du colonialisme, englobaient des ethnies diff?rentes et contradictoires, ce qui ? la longue serait la disgr?ce de l?Afrique. Mouloud ?tait pour l?Afrique des ethnies, et non Cour l?Afrique des ?tats. Si dans une premi?re ?tape il fallait admettre les Etats surgis de l?ind?pendance, il fallait reconna?tre les diff?rentes cultures des ethnies, puisque les diff?rentes cultures qui coexistent doivent reconna?tre que leur coexistence doit se baser sur un processus de participation mutuelle, d?exp?riences culturelles qui les enrichiront mutuellement. Apr?s mon retour de voyage de l?OUA, j?expliquais ? Mammeri les luttes qui survenaient dans quelques ?tats africains ; Mouloud devenait triste et me disait que chaque culture devait faire des sacrifices au profit des autres qui composent l??tat, sans que l?une soit sup?rieure ? l?autre ; l?unit? culturelle et la conscience nationale doivent ?tre affirm?es par le d?veloppement des langues nationales, sans qu?une langue soit ?touff?e par une autre.

En cela j??tais d?accord avec lui. Mouloud croyait que l?id?ologie des nouveaux ?tats africains ?tait le fruit de la philosophie productiviste de la bourgeoisie europ?enne qui repose sur la notion sacro-sainte de la souverainet? de l??tat avec son centralisme jacobin. L?Afrique devait adopter de nouveaux mod?les pour ?viter les luttes fratricides entre les ethnies, et les nouveaux Etats gagneraient en coh?sion en renon?ant au centralisme napol?onien et en donnant ? chaque communaut? culturelle ou ethnique une vie r?elle et la possibilit? de s?administrer et participer, ? travers son propre et naturel d?veloppement, dans l?ensemble de la nation. En un mot, que le pouvoir central dans cette nouvelle nation jouerait le r?le de coordination, d?orientation et d?arbitre.

Je peux parler des heures et des heures de l?influence de Mouloud sur la formation et le d?veloppement de notre mouvement de lib?ration, non seulement en Alg?rie, mais ?galement quand je suis retourn? dans ma patrie guanche en 1985. Le contact ?tait continu. Nous ?tions dans une nouvelle ?tape, qui ?tait la lutte ? l?int?rieur de la colonie. Mouloud nous avait enseign? comment d?velopper la clandestinit? et poser le probl?me en tenant compte des changements dans la politique espagnole. D?s mon installation dans l??le de Tenerife, j?ai invit? Mouloud ? venir aux Canaries pour qu?il conn?t notre r?alit? et qu?il particip?t dans la mesure du possible ? notre lutte.

J?ai pu enfin inviter chez moi, en janvier 1986, Mouloud, le professeur, ainsi que l?amie alg?rienne, Tassadit Yacine, et son mari. L?importance de cette visite de Mouloud aux Canaries est fondamentale pour le d?veloppement de notre nouvelle ?tape de lutte aux Canaries. La conf?rence qu?il y a donn?e a ?t? le d?but d?un ?change culturel interrompu depuis des si?cles avec l?arriv?e des colonialistes espagnols. Il y a ici un autre orateur canarien qui vous exposera en d?tail demain l?influence de cette visite et comment ? partir de cette date, a d?but? une s?rie d??changes entre les Canaries, l?Alg?rie et le Maroc.

Vous ne pouvez pas imaginer ce qui est arriv? dans le salon de la cit? universitaire ? La Laguna ?, quand un auditeur tr?s ?mu demanda ? Mouloud Mammeri de r?citer un po?me en tamazight, la langue des anc?tres des actuels Guanches. Les larmes coulaient, les gorges se serraient d??motion et ? la fin de longs applaudissements ont secou? les murs de la salle. Et de l?, une nouvelle ?tape de la lutte culturelle de notre peuple surgit, une ?tape qui unira pour toujours les peuples canariens et alg?riens et qui a r?uni les ?les au continent, tout cela gr?ce ? notre lutte et ? Da el-Mouloud, ce grand Alg?rien, ce grand Africain, ce grand ami, ce grand homme universel.

[1] En 1992 Antonio Cubillo ?tait secr?taire g?n?ral du MPAIAC (Mouvement pour l?autod?termination et l?ind?pendance de l?archipel canarien).



source:
Article extrait de AWAL-Cahiers d??tudes berb?res, n? 18, Paris, 1998.

Voir le site d?AWAL
mbibany
 
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Messagede mbibany » Jeu Mai 17, 2007 11:04

Por Antonio Cubillo Ferreira.

Presidente del Congreso Nacional de Canarias ( CNC )


http://elguanche.net/Taknara.htm


De un tiempo a esta parte he le?do en la prensa de Canarias la palabra Taknara para designar a Canarias, con una terminolog?a que se aparenta al berber. En diferentes ocasiones he llamado la atenci?n a varios amigos que empleaban este falso t?rmino, record?ndoles que no se pueden inventar t?rminos nuevos para aparentar un canar?smo radical. Sin embrago, la continua aparici?n de este disparate en la prensa canaria, me obliga a tomar la pluma para aclarar este t?rmino y evitar que los que estamos luchando por un estudio serio y digno de la ancestral lengua de los guanches y de la causa de la independencia, caiga en el desprestigio, que es lo que buscan los enemigos de nuestra causa inventando rid?culos neologismos.

El futuro estado de Canarias, cuando se siente en las Naciones Unidas en los pr?ximos tiempos, se debe llamar Rep?blica Guanche de Canarias, o todo lo m?s, sustituyendo la letra consonante C inicial por una K, lo que dar?a Rep?blica Guanche de Kanaria, ya que en berber no existe la C sino la K y al ponerlo en castellano o ingl?s, en las Naciones Unidas, no se notar? la diferencia ni cambiar? el significado.

En cuanto al falso nombre que se han inventado algunos nacionalistas y que ya est? apareciendo en la prensa, Taknara, pasamos a estudiar lo que en el mundo berber comprender?an todos cuando oyen este nombre.

En la zona del sur de Marruecos, al higo pico, que tanto abunda en Canarias, se le denomina TAKNARIT, que quiere decir que es originario o viene de Canaria, pues al parecer antes no hab?a en estos lugares. Hablando con un amigo schleug, berber, de dicha zona de los alrededores de Agadir, le pregunt? que entend?a ?l por Taknara, y me respondi? enseguida y sin dudarlo: " Tierra plantada de higos picos o tuneras ". Al decirle que algunas personas llamaban ahora a Canarias, Taknara, se me ech? a re?r a carcajadas y me pregunt? si era una broma o un invento de nuestros enemigos o es que nos pas?bamos todo el d?a comiendo higos picos.

Como en mis a?os de exilio en Argelia, recorr? varias veces las tierras ocupadas por los Tuareg, oyendo este disparate de Taknara, me acord? de que los chiquillos de los tuareg emplean mucho ese nombre y las ni?as tienen mu?ecas que las llaman as?. Como en mi casa tengo todos los diccionarios sobre los diferentes dialectos y hablas bereberes, entre ellos el m?s conocido el del Padre Foucauld sobre el dialecto del Ahaggar, pues he verificado el dichos nombre, as? como en el l?xico Franc?s-Tuareg, del Hermano Jean-Marie de Cortade, con la colaboraci?n de Mouloud Mammeri y en efecto, en la p?gina 378 de dicho l?xico aparece: Poup?e habill?e en femme ), ( que en castellano significa mu?eca.- Vestido de mu?eca ): TAKNART, TIKN?R?N , - despu?s viene escrito en el t?rmino en tifinag y nos remite al Tomo II, pag. 831 del Diccionario de Foucauld. Tambi?n y a continuaci?n nos dice que aknar, iknaren se puede interpretar mu?eco vestida de hombre. El diccionario Foucauld dice: aknar, pl. iknaren-; fem. s., TAKNART-, fem. pl., tikn?r?n, significando: masc. mu?eca ( vestida de hombre ).- fem, mu?eca ( vestida de mujer ). Y tengo que a?adir adem?s ya que el otro d?a le? en un texto yknarien, para hablar de un plural refiri?ndose a los Canarios, lo que ser?a tambi?n un solemne disparate. En el diccionario del Padre Foucauld, nos encontramos en esta misma p?gina y contexto, diciendo: por extensi?n el masc. pl. ikn?ren, significando algunas veces " mu?ecas ( vestidas no importa como en hombre o en mujer ).- Termina diciendo el P. Foucauld que el masculino AKNAR, es sin?nimo de as?n?r-, y en la p?gina siguiente, la 832, nos encontramos que as?nar, pl. isun?r, significa los mismo, es decir mu?eca vestida de hombre.

Llegados a este extremo, nos encontramos que un targi o los tuareg cuando alguien dir? Taknara, refiri?ndose a Canarias, el comprende TIERRA DE MU?ECOS O MACHANGOS VESTIDOS DE MUJERES O DE HOMBRES y cuando algunos se vayan a referir a los Canarios como Iknarien, enseguida se echar?n a re?r pues pensar?n que somos unos mu?ecos, es decir unos machangos y seremos la burla y la mofa de todo el mundo, pues en el sur de Marruecos nos llamar?an comedores de higos picos y a nuestro archipi?lago el Tuneral y los tuareg nos llamar?an mu?ecos o machangos vestidos de mujer o de hombre. ? Que les parece ?.

Siempre he sostenido que el estudio de la lengua guanche y del berber en general, debe ser tomado muy en serio y se debe de investigar profundamente a base de an?lisis serios, lo que no se puede es inventar t?rminos y frases, gentes que no saben nada, por mucha buena voluntad que tengan algunos, pues ello va en desprestigio de todos nosotros, los que tomamos en serio los estudios de la ling??stica, de la filolog?a y de la evoluci?n de nuestra ancestral lengua, que es un patrimonio del continente africano y de la Humanidad el cual no se puede desprestigiar por el capricho de unos falsos nacionalistas. El nombre de Canaria, Canarii, viene de lo m?s profundo de la historia del continente africano y hace miles de a?os que sirve para designar un antiqu?simo pueblo que habit? en el Sahara, les Canarii o los Kanurie, parte del cual lo trasladaron a nuestra Islas Canarias hace m?s de dos mil quinientos a?os y que junto con otras poblaciones tra?das por los Cartagineses desde la actual T?nez y otros grupos humanos que ya hab?a en las islas, forman el actual Pueblo Canario que alg?n d?a ser? due?o de la Awa?ak Guanche n Kanaria, la Rep?blica Guanche de Kanaria.

A?aza, enero del 2.002.

E mail: acubillo@ctv.es

( Este art?culo ha sido publicado en La Voz de Lanzarote, en la Gaceta de Canarias de Tenerife (16.12.01), en El Guanche Digital y en La Opini?n, de Tenerife el d?a 18 de enero del 2.002)
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