KIDAL:24 heures avant les attaques

Les Hommes bleus du Hoggar, Tassili et l'Afrique Subsaharienne (au sud de l'Algerie et la Libye, au nord du Niger, Mali, et du Burkina Faso).

Modérateur: mbibany

KIDAL:24 heures avant les attaques

Messagede mbibany » Lun Mai 29, 2006 07:31



24 heures avant les attaques


"La ville de Kidal depuis bientôt deux mois est asphyxiée sur le plan économique. Nous manquons de tout...", s’est plaint, Bilal Ag Mohamed, président du Conseil de cercle de Kidal avec un regard plein d’inquiétudes. En plus de cette crise, les bruits de canon d’hier ont fait sombrer la ville dans l’abîme.

Avant les événements d’hier, pour les populations de Kidal, deux événements majeurs seraient à la base de cette crise : l’ouverture du consulat Libyen le jeudi 9 février 2006 dans cette localité et la fermeture de la frontière algérienne.
"Nous ne comprenons rien, officiellement, on nous dit que tout va bien, mais en réalité on constate que la frontière est fermée", poursuit Bilal.

En période ordinaire, la ville de Kidal a tout l’air d’un gros souk. On y trouve tous les produits d’origine maghrébine notamment de l’Algérie. Et d’ailleurs ironiquement, les populations qualifiaient l’Algérie comme étant le cordon ombilical de la capitale des Ifogas. Et pour preuve : elle assure presque 90 % des besoins de la ville sur tous les plans : carburants, vivres, gaz, articles d’électroménagers...

Aujourd’hui, selon un commerçant de Kidal, Mohamed Ag Mohamed, "la ville est au bord du gouffre". Avant, témoigne-t-il : "nous avons entre 5 à 6 camions qui proviennent de l’Algérie par jour. Maintenant, nous n’avons qu’un camion par quinzaine et souvent par mois". "Nous avons aujourd’hui 11 camions qui sont bloqués à la frontière", révèle Bilal Ag Ousmane.

Pour les populations de Kidal, avec cette situation, c’est comme si la frontière est fermée. Et du coup, les prix des produits de première nécessité ont pris l’ascenseur. A titre d’illustration, le litre d’essence qui était vendu entre 400 et 500 F Cfa est revenu à 700 F Cfa ; le carton de lait qui était à 20 000 F Cfa est vendu à 23 500 F Cfa maintenant. Le sac de riz qui était vendu entre 12 000 et 13 000 F Cfa est aujourd’hui cédé à 36 000 F Cfa, renchérit à son tour Mme Fadimata Wallet Ibrahim, ménagère. Avant de poursuivre : "Si ça continue, nous allons tout droit vers une crise alimentaire".

Pour les populations de Kidal, l’origine de leur misère est connue. ‘’C’est l’ouverture du Consulat Libyen dans cette localité le jeudi 9 février 2006". "Nous ne comprenons pas l’implantation d’un consulat dans une ville où il n’y a aucun ressortissant libyen", s’indigne Ahmoud Yattara, un habitant de Kidal.

Aujourd’hui, les populations épiloguent encore sur le sujet : Pourquoi ce Consulat ? Que veut Kaddafi ? Quels seront les rapports entre les libyens et certains ex-chefs rebelles des Mouvements et Front Unifiés de l’Azawad ? La tentative de désertion dans les rangs de l’armée d’un ex-chef rebelle, le colonel Hassan Fagaga et ses velléités d’autonomie en mars 2006 ont fait craindre à la population le pire.

Un tour de la ville et du centre commercial nous a permis de comprendre l’ampleur du phénomène. Derrière les comptoirs, certains commerçants somnolent ; d’autres lisent le Coran ou prennent du thé en petits groupes sans se soucier des bruits des passants. Une commerçante qui effectue la ligne Gao-Kidal, Mme Bintou Maïga, a laissé éclater sa colère : "depuis deux mois, je n’arrive pas à livrer les commandes de mes clients en moquettes et en réfrigérateurs". Comme beaucoup d’autres personnes, elle s’interroge : Pourquoi la frontière est fermée ?

Pour Ousmane Maïga, enseignant à Kidal, ce n’est pas une fermeture en tant que telle, mais une sanction algérienne, une façon de prouver aux maliens à travers la ville qu’elle peut faire mal... et surtout de montrer son mécontentement suite à l’ouverture du consulat de la Libye à Kidal. Cette hypothèse est largement défendue à Kidal. "Nous appelons les autorités à renouer le contact avec les autorités de Kidal avant le début de l’hivernage... sinon ce sera la catastrophe", a lancé Maïga en guise d’appel. Toute chose qui ressemble à un cri d’alarme. De détresse de toute une population qui est en train de panser les plaies d’une longue blessure... après la sécheresse et les différentes rebellions.

Au moment où nous mettons sous presse cet article, nous apprenons les tragiques événements survenus à Kidal.

Envoyé spécial Almahady Moustapha Cissé



----------------------------------------------------------------------------------------
Attaque de Kidal : le réveil des démons

Hier matin, avec stupeur les habitants de Kidal se sont réveillés sous un déluge de feux... la ville a été attaquée par des rebelles. Durant six heures d’horloge, des combats nourris ont opposé les forces de sécurité à des éléments lourdement armés autour des camps militaires N°1 et 2 de la ville. Difficile de tirer un bilan. Mais s’il avère déjà lourd de part et d’autre.

"Dans la nuit du lundi au mardi, les camps N°1 et 2 de Kidal - localité située à 1585 Km au Nord Est de Bamako - ont été attaqués par des éléments armés, aucune victime civile n’a été enregistrée", a annoncé en début de journée un communiqué du ministère malien de la défense.

Le communiqué du ministère de la Défense et des Anciens Combattants a par ailleurs révélé qu’un "officier du régiment de Ménaka a fait défection". Selon nos informations, il s’agit d’un certain lieutenant colonel Ba Moussa. "La situation est préoccupante, mais on ne déplore aucune victime civile, a précisé le communiqué".

Par contre, joint au téléphone, un responsable du gouvernorat de Kidal, a déclaré hier en fin d’après midi, qu’il y a eu des morts de part et d’autre. Et qu’il serait difficile de tirer un bilan. "Nous sommes terrés chez nous... il est difficile de dire ce qui se passe réellement dans la ville. Les combats ont duré de 5h à 11h, mais des tirs intermittents continuent", a témoigné,

Alhousseini Coulibaly, chef d’antenne du programme d’appui au Système Educatif et Décentralisation (PASED) Kidal. Cette attaque serait orchestrée par le Colonel Hassan Fagaga, qui avait fait une tentative de désertion au mois de mars dernier, selon une source militaire qui a requis l’anonymat. "C’étaient des tirs à l’arme lourde suivis de rafales", a renchérit un autre habitant de Kidal, Hamidou Diallo, qui a été joint au téléphone.

La ville de Ménaka, localité située à 327 km à l’est de Gao et à 400 km de Kidal, a également connu une forte désertion. En plus du chef de poste "des éléments rebelles ont pillé la caserne et ont pris armes et munitions", a nous révélé un habitant de Ménaka, Rabah Yattara. Avant de poursuivre, "une grande panique règne en ce moment dans la ville".

L’appel d’ATT à la nation A Diéma, en première région (Kayes), où il se trouve, le Président de la République, Amadou Toumani Touré, a réagi : "ce matin dans une autre contrée lointaine, à l’Adrar des Iforas et plus exactement dans la ville de Kidal, des éléments armés ont attaqué le poste militaire de cette localité".

Craignant des représailles contre les populations tamacheks, le Président Amadou Toumani Touré, a lancé un appel : "Ceux qui ont aujourd’hui attaqué le poste militaire à Kidal ne doivent pas être confondus avec nos autres compatriotes, tamacheks et autres qui sont en train de vivre avec nous avec nos difficultés, qui ont choisi le Mali, qui ont choisi la loyauté et qui ont les mêmes droits que nous pour ce qui concerne notre pays".

Déjà, des appels fusent de partout pour dénoncer cette attaque et se désolidariser de ces rebelles. Il s’agit de la communauté des arabes des régions du Nord, et des responsables des ex-mouvements et fronts unifiés de l’Azawad.

Selon le communiqué du ministre de la défense : "Les forces armées et de sécurité ont reçu mission et moyens nécessaires pour ramener rapidement le calme dans les dites localités".

AMC
http://www.afribone.com/article.php3?id_article=3671
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37

Retourner vers Les Touaregs

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron