KIDAL:Les revendications des insurgés

Les Hommes bleus du Hoggar, Tassili et l'Afrique Subsaharienne (au sud de l'Algerie et la Libye, au nord du Niger, Mali, et du Burkina Faso).

Modérateur: mbibany

KIDAL:Les revendications des insurgés

Messagede mbibany » Mer Mai 31, 2006 14:56


Le système éducatif national n'est pas adapté au mode de vie et aux besoins des populations de la région. De religion musulmane et de culture arabo-berbère, les touareg préfèrent être scolarisés dans les trois langues ( Français, arabe et tamazight). Jusqu'à présent l'handicap majeur pour la scolarisation des enfants est le manque d'éducation islamique à l'école et la séparation des garçons et des filles,Le Tifinagh est l'écriture authentique des touaregs. Il est regrettable que le pays s'investit dans de vastes projets d'alphabétisation fonctionnelle utilisant les caractères latins au bénéfice d'un peuple qui possède sa propre écriture. "Il est certain qu'une telle politique ne fera que contribuer, à long terme au déclin et à la disparition du Tifinagh".La promotion de la culture régionale n'est pas faite par l'Etat à travers ses médias. Les populations ne font que subir les agressions des autres cultures.



L'intégralité des revendications des insurgés




Désireux d'aboutir à une solution pacifique négociée, juste et
définitive des différents problèmes qui surgissent de façon récurrente
dans la région de Kidal, une solution qui tienne compte des diversités
culturelles, géographiques et socio-économiques qui existent dans la
République du Mali et, en même temps, une solution qui tende à la
consolidation de l'unité et de l'intégrité nationales

Réaffirmant leur attachement à la Constitution de la République du
Mali en date du 12 janvier 1992, Soulignant les dispositions de la
Constitution de la République du Mali par lesquelles elle souscrit à
la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre 1948
et à la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples du 27
juin 1981, et proclame sa détermination à défendre les droits de la
femme et de l'enfant ainsi que la diversité culturelle et linguistique
de la Communauté Nationale, Considérant le pacte national signé le 11
avril 1992 entre le Gouvernement du Mali et les Mouvements et Fronts
Unifiés de l'Azawad et ses difficultés d'application, Nous attirons
l'attention des autorités sur les spécificités de la région de Kidal :

La Région de Kidal

La région de Kidal s'étend sur une superficie de 260 000 km2 et occupe
21,27% de la superficie totale du pays. C'est la région la plus pauvre
du Mali avec un taux pauvreté de 92% C'est la moins peuplée du pays et
est occupée par une minorité.

Elle est la plus enclavée, elle n'a aucun accès fluvial, ni goudron ni
aéroport. Elle est située dans une zone entièrement désertique. Elle
est la dernière née des régions du Mali (1993)

Elle est la seule région à avoir subi de plein fouet les conséquences
de deux grandes sécheresses (1973 et 1984) et deux rébellions (1963 et
1990). Elle est la seule à vivre exclusivement de l'élevage

Elle est la plus éloignée du centre de décisions nationales (1600 Km).
Le pouvoir traditionnel Nous avons toujours eu un pouvoir traditionnel
fort qui gère la région de façon consensuelle.

Il est important que l'Etat le reconnaisse et qu'il mette à sa
disposition les moyens nécessaires à l'exercice de son autorité sur
son territoire.

De l'administration

La bonne gouvernance ne doit pas être considérée que sous l'angle de
la finalité économique mais aussi sous l'angle social. "La réduction
des inégalités devrait être aussi un élément constitutif de la bonne
gouvernance".

Afin de réparer ces inégalités, les administrations comme celle des
Etats Unis d'Amérique ont procédé à "la discrimination positive" des
minorités touchées, et d'autres comme la France ont adopté "un statut
particulier" pour les régions concernées.

La marginalisation des nomades est ressentie comme un désintéressement
de l'administration à leur sort. Les administrateurs sont dans la
plupart des cadres sédentaires et ne se rendent pas chez les nomades,
ces derniers méfiants évitent l'administration.

Il est difficile d'administrer les nomades à partir d'un bureau. Faire
chercher les nomades quand on a besoin d'eux n'est pas la solution, un
proverbe touareg dit : "awa tarhed itart awa wartarhed soutart". "Ce
que tu veux, cherche-le, ce dont tu n'as pas besoin fais-le chercher" .

Pourquoi ne pas insérer dans les tâches mensuelles des administrateurs
une tournée obligatoire dans les campements d'au moins quelques jours
pour mieux connaître le territoire et les populations qu'ils
administrent ?

Les administrateurs civils sont formés pour administrer les
sédentaires et non les nomades donc les autochtones sont mieux placés
pour comprendre, appuyer et conseiller les nomades.

Les critères de diplômes doivent être considérés au même titre que
ceux de l'expérience dans le milieu. Aussi, la représentation des
touaregs de la région de Kidal, en tant que minorité visible et peuple
autochtone, dans le gouvernement et tous ses démembrements, garantie
par la constitution de façon irréversible, est une revendication légitime.

Système électoral

Faut-il repenser le système électoral en zone nomade ? Il est
difficile d'accéder aux nomades, par leurs occupations, le système
classique d'élections ne leur est pas accessible. Les élections en
milieu nomade impliquent plus de charges qu'en milieu sédentaire. Les
bureaux de vote itinérants supprimés lors des dernières élections
législatives de 2002 par la Cour constitutionnelle sont très adaptés à
la région et au mode de vie nomade.

Du développement

La région de Kidal n'a pas toujours bénéficié d'investissements à la
mesure de sa spécificité ; ni de priorité dans l'allocation des
ressources. La politique nationale d'investissement héritée de la
colonisation a continué de privilégier et de fonder la localisation
des activités économiques sur le potentiel naturel, d'où une tendance
à investir dans les zones à fortes potentialités électorales du sud.

Lors de la table ronde des bailleurs de fonds de Tombouctou -
organisée par le gouvernement malien et le PNUD en mars 1998 - , il a
été fait le constat suivant : * Aujourd'hui il est reconnu qu'une des
causes fondamentales de la rébellion au Nord est la mauvaise
gouvernance et l'insuffisance des actions de développement dans ces
régions considérées comme déshéritées. *

De sorte qu'aujourd'hui, à la problématique immédiate de l'éradication
des causes profondes du conflit du Nord, s'ajoute celle, plus latente,
de la réhabilitation du développement économique de ces régions.
Autrement formulée, cette problématique a une double nature: * celle,
économique d'une meilleure coordination entre partenaires en vue de la
relance économique des régions du Nord ; * celle, institutionnelle, de
la recherche de formules adaptées de programmation et de financement
des actions de réhabilitation de développement dans le cadre de la
décentralisation.

Pour les planificateurs centraux, en disposant d'une enveloppe
financière qui peut sauver soit 100 enfants d'un village ou 20 enfants
nomades, la décision à prendre va pour le grand nombre. Cependant, la
faible densité, les longues distances entre les différents campements
et leur dispersion font qu'il est difficile de gérer une fraction
nomade comme un village, sans tenir compte des spécificités et des
particularités du mode de vie nomade dans le domaine de la santé
publique et de l'éducation.

Dans la région de Kidal, jusqu'à présent, certaines personnes
vulnérables font plus de 200 kilomètres pour recevoir les premiers
soins. La soif tue des citoyens chaque année dans la région et la
barrique d'eau de 200l coûte 1000 FCFA en moyenne dans la ville de
Kidal. La quasi-totalité des produits de première nécessité nous
viennent de façon informelle du pays voisin, avec lequel aucune
garantie par les accords trans-frontaliers n'est assurée. La
rentabilité économique est aussi importante que la rentabilité sociale
car l'exclusion est la source de conflits.

Pastoralisme

Au Mali le pastoralisme, victime de la législation, est sans cesse
repoussé par l'agriculture vers des zones peu productives. Il est
couramment admis que toute terre non cultivée est vacante de sorte que
pour peu qu'un agriculteur plante quelques tiges de mil quelque part,
la terre lui revient et il pourra y exercer un droit foncier.

Quant à l'éleveur, ses territoires de pâturage ainsi que celles de ses
ancêtres ne lui étaient reconnus par aucun texte juridique. Quelle que
soit la richesse d'un éleveur, son cheptel ne lui sert d'aucune
garantie contrairement au cultivateur pour son lopin de terre, au
niveau des institutions financières.

Pourquoi ne pas créer des secteurs d'éleveurs, au niveau de chaque
commune rurale nomade, reconnus par la législation et consacrant
l'appropriation de l'espace pastoral par ses utilisateurs ? Ces
secteurs pourront être dirigés dans la plupart des cas par des chefs
de fractions influents, ce qui fera le compromis entre l'organisation
traditionnelle autochtone de la société et la nécessité moderne de
l'exigence démocratique et de développement décentralisé.

Education et Culture

Le système éducatif national n'est pas adapté au mode de vie et aux
besoins des populations de la région. De religion musulmane et de
culture arabo-berbère, les touareg préfèrent être scolarisés dans les
trois langues ( Français, arabe et tamazight). Jusqu'à présent
l'handicap majeur pour la scolarisation des enfants est le manque
d'éducation islamique à l'école et la séparation des garçons et des
filles.

Le Tifinagh est l'écriture authentique des touaregs. Il est
regrettable que le pays s'investit dans de vastes projets
d'alphabétisation fonctionnelle utilisant les caractères latins au
bénéfice d'un peuple qui possède sa propre écriture. "Il est certain
qu'une telle politique ne fera que contribuer, à long terme au déclin
et à la disparition du Tifinagh".

La promotion de la culture régionale n'est pas faite par l'Etat à
travers ses médias. Les populations ne font que subir les agressions
des autres cultures.

Santé

La région est la seule à n'avoir aucune structure sanitaire fiable
(hôpital, laboratoire, pharmacie...). Elle ne dispose que de 4 centres
de santé, c'est-à-dire 1 pour 60 000 km2.

Le système de santé doit être adapté au mode de vie des populations
par des équipes mobiles d'intervention en milieu nomade.

Emploi

Le principal malaise ressenti par les populations est le chômage.
Environ 70% des jeunes sont en chômage. Les conditions de recrutement
sont identiques pour le nord et pour le sud, sans tenir compte du
retard socio-éducatif accumulé par la région depuis plus de 40 ans.

De la sécurité

Les services techniques classiques chargés de la sécurité intérieure
ont montré leurs limites opérationnelles dans les zones nomades. De
sorte que la nature ayant horreur du vide, certains leaders ont prouvé
leur efficacité dans des contrées d'accès difficile et éloignés.

Pourquoi ne pas intégrer ces ressources humaines disponibles et
responsables dans le dispositif sécuritaire de la région en leur
donnant les moyens matériels et financiers pour mener à bien leurs
missions ?

Le système sécuritaire au niveau de la région est à reformuler, compte
tenu de l'étendue du territoire, la dispersion des populations et la
porosité des frontières.

De la Justice

Les différents litiges sont réglés par le qadi et en dernier recours
l'autorité traditionnelle selon la jurisprudence islamique.

Conclusion

Pendant la dernière décennie, le Mali a connu des grands changements
dans son environnement sociopolitique et économique dus à des réformes
tendant à une plus large vision de la démocratie, de la
décentralisation et une réflexion qui se veut participative pour
l'élaboration d'une stratégie nationale de développement durable.

Ainsi la pauvreté, la santé, l'éducation et la justice ont été autant
de thèmes qui impliquent désormais des acteurs à la base pour une
gestion saine et équitable des affaires publiques. La cheville
ouvrière de toute cette chaîne demeure les collectivités territoriales
décentralisées qu'il faut absolument préparer aux rôles qui leurs sont
dévolus et renforcer leurs capacités à travers une société civile
forte pour réussir la mise en œuvre de tout le processus de
décentralisation et du développement.

Dans ce contexte, comment développer sinon administrer les régions
nomades de la région de Kidal, après un lourd cumul de retards, en
gardant pour seul modèle le mode de vie sédentaire qui reste par
essence l'opposé du mode de vie nomade ?

Ce faisant, il importe d'adopter une stratégie pragmatique, flexible,
respectueuse des us et coutumes des populations autochtones dans le
cadre institutionnel réglementé par une législation adaptée aux
conditions de ceux qui sont concernés.

Entre l'intransigeance sur la souveraineté nationale par laquelle
pourrait être tenté l'Etat malien et la volonté de l'affirmation de
l'identité des touareg de la région de Kidal, il nous semble que seul
un statut particulier dûment réfléchi, accompagné d'une réelle volonté
nationale de résorber le retard accumulé par les populations
autochtones et le déséquilibre de développement entre la région de
Kidal et le reste du pays, pourra intégrer la minorité touareg dans la
construction d'un Etat unitaire, moderne et démocratique.


Source Kidal Info
mbibany
 
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