Les Almoravides vus par l’historien Hamahou Allah Ould Salem

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Modérateur: mbibany

Les Almoravides vus par l’historien Hamahou Allah Ould Salem

Messagede mbibany » Mar Déc 04, 2007 11:21

Les Almoravides vus par l’historien Hamahou Allah Ould Salem : «Le rôle joué par Ibn Tachefine sur les rives de la Méditerranée explique que l’Histoire ait plus retenu son action»

Nos ancêtres les Almoravides, nous n’en savons que très peu. Sauf, qu’ils furent -il y a de cela un millénaire- de redoutables combattants animés par une inébranlable foi sunnite face auxquels entre 1O59 et 1142, rien n’a résisté du Niger jusqu’à l’Espagne . Pour revisiter leur histoire, nous nous sommes adressés au Docteur Hamahou Allah Ould Salem qui a bien voulu éclairer notre lanterne avec cet entretien dont nous publions ici, la première partie
.



Tahalil Hebdo: D’où sont partis les Almoravides ? Nous connaissons les thèses habituelles : l’île de Tidra, l’embouchure du fleuve Sénégal …Qu’en est-il et pourquoi ceux qui ont construit Marrakech et bien d’autres forteresses et cités, n’ont laissé aucune trace dans leur territoire d’origine ?

Hamahou Allah Ould Salem : C’est une question importante.Il faut dire que les almoravides (Al Mourabitounes) tirent leur nom du mot arabe «ribat», mot qu’il faut entendre dans son acception coranique et qu’il ne faut pas lier à un quelconque édifice ni à Tidra, ni ailleurs. La seule cité qu’ils auraient édifiée au début du mouvement est Artenenni au Hodh El Gharbi. Il faut d’ailleurs signaler l’existence d’un groupe ou famille appelée Ehl Artenen, fondu dans une tribu de la région et qui continue à habiter cette ville aujourd’hui.

Tahalil Hebdo : La mémoire collective a retenu des noms comme : Abdallah Ibn Yacin, Yahya Ibn Ibrahim et d’autres. Qui sont-ils et quels étaient leurs rôles ?

HOS : Yahya Ibn Ibrahim était l’émir des Sanhaja. Il appartenait à la grande confédération Lemtouna qui allait donner naissance à une vingtaine de tribus de la Mauritanie actuelle. De retour de son pèlerinage à la Mecque, il passe par Kairouan (Tunisie actuelle). Là il rencontre Abu Umran El Fassi, un érudit expulsé par les Zenâta du Maghreb. Yahya lui demande d’envoyer avec lui un de ses disciples pour dispenser un enseignement religieux aux Lemtouna. Abu Umran ne trouvant aucun candidat se résout à remettre à Yahya une lettre pour un disciple résidant à Tiznit (au Maroc actuel) . Il s’agit de Wejjaj Ibn Zellou tribu Lamta voisine des Sanhaja. Celui-ci envoya avec Yahya son disciple nommé Abdallah Ibn Yacine de la tribu Gezzula .Son rôle va être, par la suite, déterminant.

Tahalil Hebdo : Peut-on dire, avec des mots d’aujourd’hui, que l’idéologue Abdallah Ibn Yacine était un salafiste ?

HOS : Non. Le salafisme n’existait pas à cette époque. Abdallah Ibn Yacine est un érudit Malikite dont le souci est l’enseignement orthodoxe et la défense des terres d’Islam. En somme un jurisconsulte ordinaire.Il avait séjournait en Andalousie et son projet politique islamique était classique.Ses fatwas étaient généralement bien accueillies mais quelques unes étaient contestées.

Tahalil Hebdo : Pouvez vous nous donner des exemples?

HOS : Ils considérait les sanhaja comme des ignorants et les obligeait à effectuer la prière commune (Jamaa) pour répéter derrière un imam les prières qu’ils n’arrivaient pas à reciter.le malheureux qui s’absentait recevait 25 coups de fouet.

Tahalil Hebdo : Le groupe dirigeant almoravide était soudé jusqu’à la conquête du Marrakech en 1068. Pourquoi Abu Bakr Ibn Amer est-il revenu au sud ?

HOS : Il faut préciser tout d’abord que l’état et le système politique Lemtouna sont antérieurs à l’arrivée de Abdallah Ibn Yacine. Il existait déjà un royaume Sanhaja au Sahara dirigé par les Lemtouna. Sa capitale était Audaghost.Ce royaume était en déclin du fait de la montée en puissance de l’empire du Ghana. L’arrivée de Ibn Yacine et son enseignement ont donné un nouvel élan à l’Etat Lemtouna et sa continuité a été assurée par la relève almoravide. Le 1er émir lemtouna du nouvel Etat est Yahya Ibn Oumar.Il a été tué par les Gdalla en Adrar. Son frère Abu bakr lui a succédé. Les raisons de l’opposition des Gdalla à Abdallah Ibn Yacine ne sont pas très claires pour les historiens.Etaient ils des kharijites ? Ceci n’est pas encore élucidé. L’autre personnage important est Youssouf Ibn Tachefine. Il est le cousin de Abu Bekr et de Yahya et comme eux, il appartient à la famille Beni Turgut ou Beni Tentuk (assimilée aux Tendgha d’aujourd’hui).Sous la direction de Abu Bekr, le Sahara et le Maghreb ont été conquis. C’est lui qui a choisi le site pour la construction de Marrakech et ordonné le début des travaux mais le véritable fondateur de la ville est Youssouf IbnTachefine. Abu Bekr a alors décidé de laisser sur place Youssouf à la tête d’une armée formée essentiellement de jeunes et de revenir au sud pour réduire les quelques poches animistes qui existaient encore.

Tahalil Hebdo: Mais au sud il y avait le Tekrour.

HOS : Le Tekrour est un Etat soninke. Il avait fournit quelques contingents auxalmoravides. Le mot Tekrour lui-même est un mot arabe qui veut dire frontière ou tampon, il séparait l’Etat almoravide des Etats animistes du sud et il était situé sur le fleuve Senegal. En Hassania le mot Tkarir désigne l’objet qui sépare le chameau de sa charge et lui évite ainsi les blessures que pourrait causer la fréquence des frottements.

Tahalil Hebdo : On a l’impression que Abu Bekr ibn Amer était brusquement sorti de l’Histoire.

HOS: Abu Bekr n’est pas sorti de l’Histoire mais les sources arabes ont cessé de parler de lui après son retour au sud.Il dirigeait personnellement l’armée et avait confié le nord à Youssouf ibn Tachefine .Il continuait à être le chef incontesté du mouvement et le dinar, la monnaie almoravide était frappée à son nom. Abu Bekr a séjourné à trois reprises au Maghreb : Une première fois lors de la conquête ; une deuxième fois à Aghmat de laquelle il était revenu accompagné de plusieurs ulémas dont le célèbre El Hadrami la troisième fois, il voulait convaincre Youssouf de revenir combattre au sud mais celui-ci pensait que la guerre au Maghreb et en Andalousie était prioritaire. C’est le rôle qu’allait jouer Youssouf sur les deux rives de la Méditerranée qui explique que l’Histoire ait plus retenu son action. L’Histoire s’écrivait au Maghreb et en Andalousie et pas au Sahara où Abu Bekr continuait à combattre les animistes gangara, malinkés et autres soninkés. Il a été touché par une flèche empoisonnée sur les rives du Sénégal et il reviendra mourir au Tagant appelé alors gangara du nom de ses habitants.

Tahalil Hebdo : Qui sont ces Gangaras ?

HOS : Ce sont des regroupements de tribus d’origine juive venant de Libye.

Tahalil Hebdo: On dit que Koumbi Saleh et Audaghost étaient deux cités riches où on exploitait des mines d’or. Après la chute, en 1076, de Koumbi Saleh à qui est revenu l’exploitation de ces gisements ?

HOS : Il faut dire, d’emblée, qu’il n’y avait aucune mine d’or ni à Koumbi Saleh ni à Audaghost . C’était deux cités par lesquelles passait le commerce caravanier. Les caravanes fournissent le sud (ou Soudan) en sel dont il manque et en rapportent, entre autres, de l’or qu’il produit. Il faut peut être préciser ici, que contrairement à une idée très répandue, Koumbi Saleh n’est ni la capitale ni même une ville de l’empire du Ghana.C’est une ville Sanhadja berbère, habitée aussi par des soudanais et des arabes. La capitale du Ghana se trouvait au Ouagadou (au Mali actuel). Koumbi Saleh avait des liens symboliques et des rapports en dents de scie avec Ghana.son nom lui vient de Saleh, un descendant du groupe fondateur.
Quant à Audaghost, elle est située à 60 Km au nord de Tamchekett. Elle abritait le roi sanhaja Lemtouna. Quant à l’or d’Audaghost, il s’agit d’un trésor appelé trésor d’Audaghost et qui comprend une couronne et d’autres parures .Ce trésor a été découvert dans les années soixante et exposé au congrès d’Aleg.


Tahalil Hebdo : Il se trouve où aujourd’hui?
HOS : On ne sait pas où se trouvent aujourd’hui ces reliques qui ont 1000 ans d’age. Leur dernière apparition était dans une capitale maghrébine. Depuis plus de nouvelles.

Tahalil Hebdo : Revenons à Aoudaghost et Koumbi Saleh. Comment s’est faite leur conquête ?

HOS :Le Ghana n’a pas été conquis par les almoravides mais par les Sosso . Par contre Koumbi Saleh qui lui était inféodé partiellement a été conquise par Mohamed Ibn Yahya Ibn Oumar ou Mohamed Ibn Abu Bekr Ibn Umar et cela 30 ans, après le début du mouvement. Elle abritait des kharijites qui se sont convertis au rite malikite et cela paci-fiquement. S’agissant d’Aoudaghost, elle a été entièrement pillée par les Almoravides qui ont commis par ailleurs de nombreuses exactions.

Tahalil Hebdo : Exactions de quelle nature ?

HOS : Un érudit de Kairouan qui enseignait le coran a été pendu et c’est le maître Abdallah Ibn Yacin lui-même qui lui a tranché la tete.Il l’avait accusé d’être lié politiquement à Ghana.

Tahalil Hebdo : Faisons un bilan de l’action Almoravide au Sud.

HOS : L’unique édifice bâti aux almoravides et dont on peut encore voir les les vestiges est le fort d’Azougui C’est un ouvrage gigantesque que la poésie Lemtouna appelle la maison de pierre. L’essentiel de leur action était la diffusion de l’islam malikite dans la sous région et c’est là leur grand succès. Les poches animistes et shiites Ibadhites étaient définitivement réduites.

Tahalil Hebdo : Quelle était la langue des Almoravides ?
HOS : Les Almoravides parlaient le berbère Zanaga mais l’élite religieuse parlait l’arabe. Elle était constituée de savants originaires pour la plupart du Maghreb.

Propos recueillis par IOM
Nouakchott-Mauritanie

04/11/2007
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