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Slimane Azem

MessagePosté: Lun Sep 19, 2005 09:16
de Idir
Slimane Azem ou l’hirondelle qui survole toujours la Kabylie


Il reste incontestablement le chantre de la chanson kabyle. Il est le maître, le poète... l’artiste algérien du siècle.


Il s’agit, comme vous le devinez sans aucun doute du grand Slimane Azem. Il aurait eu aujourd’hui exactement 87 ans. Le sort en a voulu autrement. En fait, Slimane Azem est né un certain 19 septembre 1918 au village Agouni Gueghrane. Un somptueux village perché sur le versant nord du Djurdjura. Issu d’une famille paysanne, “Slimane Lamara” comme l’aimaient à l’appeler les proches n’a jamais su cacher sa passion envers la poésie et le chant dans sa petite enfance.

Bien au contraire, avant même ses dix ans, on racontait qu’il a réussi à confectionner sa propre guitare de fortune. Très vite, le chant et la poésie donc se sont développés chez lui en s’exerçant d’abord sur les célèbres poèmes de Si M’hand ou M’hand.
Il convient de rappeler que la mère de Slimane Azem, Yamina El Hadja était également une poétesse. En somme, c’est beaucoup plus de sa mère, dit-on, qu’il détenait toute cette muse. Son père Lamara Nath Ouali était d’abord ouvrier puis boulanger avant de s’exiler dans l’hexagone en compagnie de sa femme en 1962. Une année après le père de Slimane Azem succomba à une maladie et sa mère ne reviendra au pays qu’en 1981. Na Yamina El Hadja mourut deux ans plus tard. elle n’a pas pu survivre à la mort, de son enfant Chérif Slimane qui a succombé à une longue maladie neuf mois plus tôt, soit le 28 janvier 1983, à l’âge de 65 ans.

A l’âge de six ans, Slimane Azem s’inscrit à l’école du village. Son cursus n’état pas reluisant. Sa scolarisation a duré une courte période soit 4 ans, mais elle était suffisante pour le jeune Slimane qui savait lire et écrire et cela constituait pour lui à l’époque une fierté car dans les années 1920 rares sont les Algériens qui savaient le faire. A 11 ans, Slimane Azem a commencé déjà à travailler, dans un salon à Staoueli. A 19 ans il rallia l’Angleterre. En 1940, il s’installa à Paris où il avait exercé en tant qu’aide électricien au métro. Déporté par les nazis en Allemagne, il resta de 1942 à 1945 dans un camp de travail. En France, il prit en gérance un petit café où il se produisait les week-ends avec un orchestre amateur. Et c’est à cette période qu’il composa sa première chanson qui a fait un tabac chez la communauté Kabyle “Amoh Amoh”.

Le chanteur n’a hésité aucun moment à se rallier au Parti du peuple algérien de Messali El Hadj. Il avait pris part à la majorité de ses meetings. Et c’est à cette époque-là qu’il composa des chants patriotiques comme “Ayarah Ifriquia”. Sa fibre nationaliste n’a évidemment pas été du gout des autorités françaises qui commençaient à le surveiller.

L’affaire des sauterelles

Effegh Aya jrad tamurtiw” et yed hred wagur autrement dit Sauterelles, sortez de chez nous et la lune apparaît où il faisait allusion dans la première au colonisateur et dans la seconde à l’indépendance, sont entre autre les chansons qui ont failli avoir raison de sa vie.
C’était l’armée française qui avait prononcé contre lui la peine capitale suite à ce qui était devenu à l’époque la célèbre Affaire des sauterelles.
Parmi les plus émouvantes complaintes de Slimane Azem aussi, c’est Arrebbi El Mudeber, mettant ainsi à nu sa profonde mélancolie et son désarroi face à la précarité et au dénuement dans lesquels vivait la communauté algérienne en France. Et ce n’est qu’en 1970, que Slimane Azem obtint son premier disque d’Or en compagnie de Nora chez les éditions Pathé-Marconi.

Animateur, il le fut également dans l’émission radiophonique “Kabylie mon beau pays” avec le regretté Hamid chez Radio Paris. En 1977, Slimane Azem travaille avec Ckikh Nordine dans une autre thématique, celle des sketches où il a mis en branle les différentes facettes de la vie sociale. Et c’est au mois de juin 1977 que Slimane Azem fit ses adieux à la scène et six ans plus tard il rendit l’âme soit le 28 janvier 1983. Il fut enterré au cimetière de Moissac dans le sud-ouest de la France.
22 ans après sa mort, Slimane Azem, le plus grand artiste de la chanson kabyle et algérienne mérite qu’un autre regard de l’histoire se pose sur lui, lui, qui n’a jamais cessé de chanter son algérianité.

Idir Lounès
La Depeche de kabylie-19/09/2005