"Quand je regarde en arrière" (Mouloud Mammeri)

Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Kateb Yacine, etc ...

Modérateur: amusniw

"Quand je regarde en arrière" (Mouloud Mammeri)

Messagede amusniw » Jeu Jan 17, 2013 11:28

"Quand je regarde en arrière"

Quand je regarde en arrière, je n'ai nul regret, je n'aurai pas voulu vivre autrement ...De toutes façons, un fantasme n'est jamais que cela. Je ne me dis pas :J'aurais voulu être un citoyen d'Athènes au temps de Périclès, ni un citoyen de Grenade sous les Abencérages, ni un bourgeois de la Vienne des valses. Je suis né dans un canton écarté de haute montagne, d'une vieille race qui, depuis des millénaires n'a pas cessé d'être là, avec les uns, avec les autres...qui, sous le soleil ou la neige, à travers les sables garamantes ou les vieilles cités du Tell, a déroulé sa saga, ses épreuves et ses fastes, qui a contribué dans l'histoire, de diverses façons, à rendre plus humaine la vie des hommes.

Les tenants d'un chauvinisme souffreteux peuvent aller déplorant la trop grande ouverture de l'éventail : Hannibal a conçu sa stratégie en punique ; c'est en latin qu'Augustin a dit la cité de Dieu, en arabe qu'Ibn Khaldoun a exposé les lois des révolutions des hommes. Personnellement, il me plait de constater dès le début de l'histoire cette ample faculté d'accueil. Car il se peut que les ghettos sécurisent, mais qu'ils stérilisent c'est sûr.

C'est par là que je voudrais finir. Ceux qui, pour quitter la scène, attendent toujours d'avoir récité la dernière réplique à mon avis se trompent : il n'y a jamais de dernière réplique - ou alors chaque réplique est la dernière - on peut arrêter la noria à peu près à n'importe quel godet, le bal à n'importe quelle figure de la danse. Le nombre de jours qu'il me reste à vivre, Dieu seul le sait. Mais quelque soit le point de la course où le terme m'atteindra, je partirai avec la certitude chevillée que quelque soient les obstacles que l'histoire lui apportera, c'est dans le sens de sa libération que mon peuple - et avec lui les autres - ira. L'ignorance, les préjugés, l'inculture peuvent un instant entraver ce libre mouvement, mais il est sûr que le jour inévitablement viendra où l'on distinguera la vérité de ses faux semblants.

Tout le reste est littérature.

Mouloud Mammeri

Source: http://mouloud.mammeri.free.fr/extraits.html

Mouloud MAMMERI (Dda Lmulud At Maâmmer), une des figures les plus emblématiques de la culture et de la langue amazighes, est né le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun, dans la région des Ath Yanni.

Il part à l’âge de 11 ans en 1928 pour Rabat chez son oncle où il entre en sixième au lycée Gauraud. Quatre ans après, il revient en Algérie et étudie au lycée Bugeaud. Par la suite, il part étudier à Paris au lycée Louis-le-Grand, ayant en vue l’Ecole Normale Supérieure.

Il est mobilisé en 1939, puis libéré en 1940, il s’inscrit à la faculté des Lettres d’Alger. Mobilisé de nouveau en 1942, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.

Il passe ensuite le concours de professeur des Lettres à Paris. De retour en Algérie, il est professeur à Médéa en 1947-48 puis à Ben Aknoun près d’Alger.

En 1953 il est lauréat du « Prix des quatre jurés ». Il doit, sous la pression des événements, quitter Alger en 1956. En septembre 1957, il est le rédacteur, sous le nom d’emprunt « KADOUR », du texte adressé par la délégation extérieur du F.L.N. à l’Organisation des Nations Unies.

En 1957, pendnat la guerre, il part pour le Maroc pour revenir en 1962 après l’indépendance en tant que professeur à l’Université d’Alger en tant qu’enseignant de langue et de culture berbères et directeur du C.R.A.P.E jusqu’en 1980.

De 1957 à 1959, il reste au Maroc, où il enseigne au lycée Moulay Idriss à Fès, avant de regagner l’Algérie au lendemain de l’Indépendance et commence à dispenser des cours de Tamazight à l’Université d’Alger jusqu’en 1973.

De 1969 à 1980 il dirige le Centre national de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnologiques (C.R.A.P.E.) , tout en donnant des cours à l’Université d’Alger.

Retraité, il fait la navette après 1980 entre Paris et Alger et se consacre à son association loi 1901 le CERAM, le Centre d’Etudes et Recherches Amazigh.

Il eut également un passage éphémère à la tête de la première Union Nationale des Écrivains Algériens qu’il abandonnera pour discordance de vue et de rôle de l’écrivain dans sa société.

Il fut maître de la chaire de Berbère à l’Université d’Alger, de 1962 à 1969, où certaines matières, telles l’ethnologie et l’anthropologie, jugées sciences coloniales par la tutelle durent disparaître des enseignements universitaires. Il continua, malgré ça, à animer bénévolement un cours de langue Berbère jusqu’à 1973.

En 1980, l’interdiction de sa conférence, ultérieurement autorisé, prévue à l’Université de Tizi Ouzou ayant pour thème le titre de son dernier recueil de poésie « Poèmes kabyles anciens », déclenchera les premières manifestations publiques revendiquant la langue et la culture Amazighes, ça sera le début de « Tafsut n Imazighen » (Printemps Berbère).

En 1982, il fonde à Paris le Centre d’Études et de Recherches Amazighes (C.E.R.A.M.), dans la même année, il fonda la célèbre revue « AWAL », comme il animera également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (E.H.E.S.S.). Ce long itinéraire scientifique lui a permis de rassembler une somme d’éléments fondamentaux pour le développement de la langue et de la littérature amazighes.

En 1988 il reçoit le titre de « Docteur Honoris Causa » à l’Université de la Sorbonne, à Paris. Avant sa mort, il accorde un long entretient à feu Tahar DJAOUT sur l’écriture comme espace identitaire.

Il est décédé le 25 février 1989 -officiellement dans un accident de la circulation qui aurait eu lieu à 10 Km de la Wilaya de Aïn Defla- à son retour d’un colloque de Oujda (Maroc) .

Il meurt accidentellement le 27 février 1989 près d’Aïn Defla (Chlef à 200km d’Alger) en revenant d’un colloque sur la littérature organisé à l’Université d’Oujda au Maroc sur le thème : « Existe-t-il une spécificité en littérature ? ». L’autopsie officielle fait état d’un arbre qui serait tombé sur sa voiture.

Depuis 1990, deux établissements publics portent fièrement son nom, il s’agit de l’Université de Tizi Ouzou et de la Maison de la Culture de la même ville. Le prix « Mouloud MAMMERI » a été créé au début des années 90, il est annuellement décerné pour récompenser la meilleure TAcirc, oeuvre littéraire en langue Amazighe.
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