Quel enjeu y a-t-il à la lecture des écrits de Lucien Samir Arezki OULAHBIB ?
A priori, peu de choses.
Cette personne ne doit sa très confidentielle audience qu’à une partie du net
communautaire berbériste qui le diffuse et non pas à la reconnaissance de ses pairs
universitaires. Bien que « sociologue » de formation, il est inutilement qualifié ici et là de
« philosophe » alors que son ancrage le plus authentique est indubitablement le
« journalisme » comme l’atteste sa page web (page « biographie »).
Le sujet et le personnage seraient restés anodins s’il n’y avait pas ce fait encombrant et
bien dérangeant pour nous (plus que pour lui) : LSA Oulahbib est plébiscité par un
important réseau raciste sur le web1 .
Une gêne à peine descriptible nous prend lorsqu’on voit qu’un site xénophobe et
raciste comme France Echos 2 annonce ses conférences, publie avec assiduité ses chroniques,
en recommande la lecture sans que l’auteur en soit offusqué ou incommodé. Bien au
contraire. Il a même discrètement lavé du soupçon France Echos (qui le publie) dans une de
ses chroniques réagissant à un article de Libération … où il a victorieusement pu sortir de
l’oubli journalistique en plaçant un « rebonds ». Touchdown ! L’évènement mondain se fête et
LSA met sa « dernière tribune », tel un infantile trophée, en tête de son site. La boucle est
bouclée et son ego, revigoré.
A vrai dire, ces psychodrames obsèdent prioritairement le microcosme des « liseurs de
journaux », le monde consanguin de « l’information » et ses colporteurs d’opinions.
… Et rien de tout cela ne nous intéresse. Nous ne sommes pas animés par ce juvénile
caprice d’être « calife à la place du calife ». Nous ne sommes pas gagnés par l’envie d’être
partout. Nous souhaitons juste être moins dupes et reconnaître les acteurs pour ce qu’ils sont
et par ce qu’ils font.
Aussi, la question la plus cruciale part d’un paradoxe douloureux : si une
nébuleuse de sites racistes recommande les écrits de LSA Oulahbib, pouvons -nous, no us
autres Berbères d’ici comme d’ailleurs, fermer les yeux sur une telle duplicité et
cautionner une si mortifère fraternité ?
La be rbérité que clame LSA Oulahbib - et qui nous concerne tous - peut-elle
candidement errer avec les subdivisions de la droite identitaire et extrémiste de France
sans qu’elle en soit irrémédiablement mutilée dans son universalité ?
Enfin, quelle crédibilité accorder à un tel auteur après ce mutuel et tacite
consentement idéologique ?
Sur le plan éthique, les acquaintances de Oulahbib (France Echos) nous semblent
définitivement éliminatoires au regard des idéaux républicains. Peut-on être fréquentable
lorsque l'abject vous fait les yeux doux ? Ce qui pose aussi une question corollaire : LSA
Oulahbib est-il alors fiable sur le plan épistémologique ?
A priori, non et a posteriori …non plus.
En fait, pour nous limiter aux eaux saumâtres de France Echos, Oulahbib partage avec
eux non seulement un espace éditorial franchisé mais aussi une affinité de langage et de
références. Des calques scabreux et faciles comme «social-nationaliste » pour le Parti
socialiste de France ou encore « National-arabo-islamisme » se trouvent conjointement
utilisés, avec ce relent grossier de réduction à l’hitlérisme. Alors que France Echos utilise
volontiers l’expression ironiquement injurieuse de « chances pour la France » (i.e : les
1 http://www.france-echos.com/resultat.php?cle=oulahbib
2 http://www.commission-droits-homme.fr/t ... ciste.html
« immigrés »), LSA Oulahbib fait dans le chic en époussetant Maurice G. Dantec, écrivain
français exilé au Québec et principal caution « littéraire » du mouvement fasciste
« identita ire ». Le rapport étant que cet écrivain réactionnaire a popularisé cette expression de
« chances pour la France » dans une acception xénophobe 3. D’autres thématiques sont aussi
communes à LSA et France Echos . Nous y reviendrons dans d’autres interve ntions.
Mais c’est le CV et les chroniques mêmes qui achèvement de créditer Oulahbib de la
moindre retenue universitaire et des dernières qualités épistémologiques. Il y aurait tout un
best of à réaliser sur les positions intellectuelles de LSA : cela va du plaidoyer hébété du
libéralisme à la caution éhontée du militarisme américain en passant par des anachronismes
aiguës sur l’histoire des berbères où il confond risiblement Histoire et Théologie. En insistant
sur une mythique alliance « judéo-chrétienne » (vers laquelle les Berbères devraient se
« ressourcer ») et ce contre un prétendu bloc « national-arabo-islamiste » à domestiquer, LSA
ne fait que reprendre les topoï orientalistes du Christian Zionism ainsi que la rhétorique de la
Bible Belt dans des variantes à peine déguisées.
Autant vous le dire tout de suite : c’est point par point que nous procéderons à
l’examen des manquements déontologiques et épistémologiques de Oulahbib pour que le plus
grand nombre de lecteurs sache qu’un titre (académique) ne fait pas la fonction (proprement
intellectuelle) tout comme l’air ne fait pas la chanson.
Nous dresserons donc un portrait éditorial pour faire voir à partir de quel espace
discursif LSA énonce ses propositions (généralement en dehors du circuit de légitimité
scientifique). Nous indiquerons en outre quelques jalons biographiques pour mieux apprécier
sa trajectoire . Il semblerait que le journalisme soit en fait la « véritable nature » de LSA. Il
lui arrive d’ailleurs de céder à cette facilité, comme par réflexe, pour finir par transposer ses
molles dispositions dans des thèmes à prétentions historiques (ex : l’histoire des Berbères ;
comparatif de dogmes) qui requièrent une toute autre qualité : la rigueur, elle-même secondée
par la réflexivité. Aussi, nous regrouperons les thématiques que semble investir (au sens
psychanalytique également) LSA Oulahbib dans ses divers écrits ; et nous relèveront
l’étrange évitement de certains thèmes, qu’ils soient religieux ou épistémologiques.
Car nous le croyons fort peu fiable en théologie ainsi qu’en histoire, que cela soit pour
le christianisme comme pour l’islam. Que cela se sache et avec arguments à l’appui.
Certes, LSA admire les intellectuels pour magazine4 : Jean-François Revel,
Finkielkraut, Pascal Bruckner, BHL parfois … mais LSA n’est pas médiatique et pas encore
« intellectuel » au sens strict du terme 5 sauf qu’il l’est au sens forumiste du mot, à savoir
« quelqu’un qui a des idées et qui ne fait pas trop de fautes d’orthographe » (mais de
ponctuation, si ...)
Finalement, LSA est-il un chroniqueur « cannibale » ? Oui, si l’on voit chez lui une
appréhension de l’altérité qui passe par la neutralisation de l’Autre. Oui, s’il se définit de
façon réactive et réactionnelle, malgré son âge avancé, au point d’être un simple sous-produit
des politiques panarabistes, une parenthèse dialectique prête à s’éroder. Oui, s’il rêve
discrètement que l’Afrique du Nord va se « libérer » - de qui ? - comme le fit la péninsule
ibérique. Oui, s’il « prêche » un salafisme catholique qui décrète qu’une identité est (un retour
à) une origine, que l’ancien (christianisme) est « supérieur » au nouveau (l’islam), au point
même de mettre entre parenthèses les protestants. Oui, si par cette rage stérilement spéculaire,
il vocifère tel un Caliban esseulé dont tous les rêves sont mus par un ressentiment délétère.
Oui, si au lieu d’être sereinement un Autre, il est un Même qui tire hystériquement vers son
3 http://www.subversiv.com/doc/dantec/ide ... de2301.htm
4 Je laisse le soin aux lecteurs curieux de lire les savoureux articles de Acrimed : http://www.acrimed.org
5 On peut consulter un rigoureux ouvrage comme celui de Christophe Charle. Christophe Charle. Naissance des
"intellectuels" . 1880-1900. Paris. Éditions de Minuit 1992.
contraire. Oui, si au lieu d’être exemplaire en charité chrétienne, il persiste à aspirer à des
Reconquista et à des « pacifications » d’une autre ère.
C’est parce qu’il n’est ni journaliste d’investig ation, ni sociologue à enquête que nous
rappellerons à LSA Oulahbib, avec constance et vigilance, qu’il ne suffit pas de parler pour
pouvoir prétendre penser. Les vertus de la lenteur semblent échapper à notre auteur. Et
pourtant : il lui a fallu plus de dix ans pour passer d’un DEA à un Doctorat. Nous espérons
que seuls des évènements heureux ont pu contrarier l’avènement d’une plus féconde carrière
universitaire. Bavarder au lieu de lire, lire au lieu de penser, penser au lieu de douter, c’est le
cheminement de toute pensée rapide en quête de reconnaissance instantanée. C’est parce qu’il
nous semble souillé sur le plan éthique comme sur le plan épistémologique que nous ferons
tomber les écailles des yeux puisque les « lumières » de Lucien ne font point la lucidité.
Volveremos …
HG
Aqvaili n-spania