TLEMCEN

Histoire des regions berberes du monde (en dehors de la Kabylie)

Modérateur: mbibany

TLEMCEN

Messagede mbibany » Mar Mai 23, 2006 13:52

Mon beau pays

Tlemcen

Par M. A. Haddadou

-------------------------------------------------------------------------------(I)------------------------------------------

Cette ville, située à 547 km à l'ouest d'Alger et à 141 km d'Oran, se dresse à 830 m d'altitude, au pied du plateau de Lalla Setti, au milieu d'une campagne verdoyante, riche en sources et en vergers.
Tlemcen est également à l'intersection des grandes routes qui relient l'ouest de l'Algérie au Maroc et les régions du Tell au Sahara.
L'abondance des ressources en eau a fait que le site a été occupé dès la préhistoire, ainsi que l'atteste la découverte de nombreux instruments remontant à cette époque.
On ne sait si les Carthaginois y ont résidé avant que les Romains, au IIe siècle de l'ère chrétienne n'y fondent une cité, Pomaria. Cette cité, dont le nom signifie en latin «les vergers», a, sans doute, succédé à une agglomération berbère, car pour que les nouveaux occupants attribuent ce nom à la ville, c'est qu'ils y ont trouvé des jardins et des vergers prospères.

Une légende fait remonter Tlemcen à l'époque des Pharaons d'Egypte et des auteurs musulmans, qui lui ont fait écho, y ont fait résider des prophètes bibliques.
Ainsi, selon Abû al Hassan al-Mayurki, le prophète Salomon s'y est arrêté et y a séjourné pendant un mois. Quand on sait que Salomon a vécu au Xe siècle avant J.-C., cela ferait remonter l'existence de Tlemcen à cette époque.

---------------------------------------------------------------------------Tlemcen(II)


La Tlemcen préromaine a, peut-être, fait partie du royaume numide des Massaessyles qui, à l’époque de Syphax, s’étendait sur tout l’Ouest algérien et débordait largement sur l’Est.
La capitale de Syphax était Siga (voir ce nom) mais le royaume comptait de nombreuses villes et village.
L’historien grec Strabon rapporte que le pays était si fertile, qu’on pouvait, sans se donner trop d’efforts, en tirer deux récoltes par an.
La ville romaine a d’abord été un camp militaire, puis elle s’est transformée en ville, avec l’arrivée de colons.
La captation des eaux des sources d’El- Ourit, par un canal creusé dans la roche calcaire, va permettre le développement de l’oléiculture. Pomarien devient, sous Gordien le Jeune, une ville importante, avec un corps de cavalerie placé sous l’autorité d’un préfet.
Durant la période chrétienne, la ville devient le siège d’un diocèse et son évêque, Victor, a participé au Concile de Carthage en 411.
Pomaria semble avoir été touchée par les troubles donatistes puisque la ville a compté, au Ve siècle, deux évêques : un évêque catholique et un évêque donatiste. On connaît le nom d’un autre évêque de Pomaria, Longinus, qui a assisté au colloque des évêques de Carthage, convoqué en 484 par le roi des Vandales, Hunéric.
On dispose de peu d’informations sur les périodes vandale et byzantine qui ont dû être, comme partout ailleurs, en Afrique, des périodes de troubles.

---------------------------------------------------------------------------Tlemcen( III)


Au VIIe siècle, les Arabes arrivent au Maghreb, et après s’être emparés de l’est et du centre du Maghreb, poussent vers l’ouest, atteignant, selon l’historien Al-Qayraouani, la région de Tlemcen vers 42 de l’hégire (675 de J.-C.).

Une légende rapporte que la ville a été conquise sans violence : le commandant de l’armée musulmane, qui ne serait que Abd Allah Ibn Dja’afar, le neveu de ‘Uqba Ibn Nafa’, le fondateur de Kairouan et le conquérant de l’Algérie, s’éprend de la fille du roi de la ville.
Le roi lui ayant accordé sa main, il lève le siège établi depuis plusieurs mois et entre sans livrer bataille.
Cette légende donnait déjà à Pomaria le nom par lequel elle allait être connue au cours du Moyen Age, Agadir.
La cité succédant à Pomaria devient le centre d’un petit royaume schismatique, fondé par le Kharédjite Abû Qurra. Mais ce royaume est balayé par les Idrissides, dynastie arabe qui venait d’être fondée au Maroc, et Agadir est placé sous la souveraineté de Fès.
De cette période subsiste la tour de la mosquée construite par Idriss Ier en 173 de l’hégire (789 de J.-C.) et que l’on considère comme l’une des premières mosquées construites en Algérie.
Le nom d’Idriss Ier est inscrit sur la chaire (minbar) de la mosquée.

---------------------------------------------------------------------------Tlemcen(IV)


Quand la dynastie idrisside s’effondre, en 974, Agadir tombe entre les mains d’émirs berbères de la tribu des Maghrawas, d’abord les Bani Khazer puis les Bani Ya’âla, qui la placent sous l’autorité des Omeyyades de Cordoue.
Au XIe siècle, le géographe arabe, El-Békri, de passage dans la région, parle d’Agadir comme d’une ville populeuse et prospère. Au XIe siècle, les Almoravides, qui venaient de fonder un grand empire, s’emparent d’Agadir et fondent, sur le plateau situé sur sa partie ouest, une nouvelle cité, Tagrart.

Celle-ci supplante rapidement la première et finit par l’annexer : de la réunion des deux villes naîtra Tlemcen.
Deux siècles plus tard, les Almohades succèdent au Almoravides, qui vont développer la ville, mais ils finissent, eux aussi, par disparaître.
C’est le retour aux royaumes berbères, avec deux pôles principaux : les Mérénides à Marrakech et les Hafsides à Tunis. Tlemcen était toute désignée pour tomber entre les mains des Mérinides, mais une dynastie locale, les Banu ‘Abd al Wad (ou Banu Ziyân, du nom de ses souverains), de la grande tribu berbère des Zénata, va entrer en scène en fondant un royaume dont Tlemcen sera la capitale.
Et c’est sous le règne de cette dynastie que Tlemcen connaîtra la gloire.


------------------------------------------------------------------------------Tlemcen(V)


Le premier souverain Abd el-Ouadide Yaghmorasen Ibn Zian, qui règne de 1231 à 1283, la dote de prestigieux monuments dont le fameux méchouar, en arabe «lieu des consultations».
La forteresse, édifiée sous les Almohades, a été transformée par les Ziyanides en résidence gouvernementale, avec des jardins, des pièces d’eau et de belles mosaïques, œuvres d’artistes andalous, chassés d’Espagne et généreusement accueillis à Tlemcen.
Les souverains qui ont succédé à Yaghmoracen, notamment Abou Hamou II et Abû Tachfin vont continuer l’œuvre d’agrandissement du royaume et d’embellissement de Tlemcen.
Mais la ville ne rayonne pas seulement par ses œuvres d’art et sa culture, elle est aussi un centre commercial actif, en rapport avec l’Afrique et l’Europe.

Il y a même un quartier franc, des communautés chrétiennes et juives. Les juifs, chassés d’Espagne, tout comme les musulmans, avaient trouvé refuge à Tlemcen.
Cependant une telle gloire et une telle prospérité n’ont pas manqué de susciter les convoitises.
Les Mérinides du Maroc, Zénatans comme les Tlemcéniens, cherchent à s’en emparer et l’assiègent à deux reprises.
En 1299, le sultan Abou Ya’qub lui impose un siège de huit ans, allant jusqu’à construire, aux portes de Tlemcen, une nouvelle ville, Mansourah, où il loge ses soldats.


-----------------------------------------------------------------------------Tlemcen(VI)


Mais Abu Ya’qub est tué par un eunuque et l’armée mérinide lève le siège. Les Mérinides reviennent en 1335 et, après un nouveau siège de deux années, s’emparent de Tlemcen.
Tlemcen est annexée au royaume mérinide. Les vainqueurs prennent Mansourah et l’embellissent. Ils construisent également des monuments.

Après leur départ, en 1356, ils vont continuer à exercer une certaine influence sur les souverains zianides et surtout susciter des troubles dans le royaume.
Tlemcen entre alors dans une longue période de guerre avec les Mérinides, mais aussi les Hafçides et les tribus arabes, ce qui allait entraîner progressivement son déclin.

Les Espagnols, profitant de la situation, vont s’emparer de la ville en 1510. Les Turcs, appelés à la rescousse, vont tenter de la reprendre, mais elle connaîtra de nouveau l’occupation en 1517 et en 1543.
Les Espagnols chassés, les Turcs vont s’y installer à partir de 1555. Ils construiront le mausolée de Sidi Boumediene et y resteront jusqu’à l’arrivée des Français qui occupent le Méchouar en 1836.

----------------------------------------------------------------------------Tlemcen (VII)


Le traité de la Tafna, signé en 1837 entre le général Bugeaud et l’Emir Abdelkader, va replacer Tlemcen sous la souveraineté algérienne, mais le traité est rompu et en 1842 les Français occupent Tlemcen, et tout le reste de l’Algérie, jusqu’en 1962.

Pour les besoins de la défense, puis de la colonisation, les Français ont procédé à la destruction de nombreux monuments : c’est ainsi que la grande bâtisse du méchouar et ses murailles de l’Est ont été rasées ainsi que ce qui restait de la prestigieuse médersa d’Abou Tachfine.
Cependant, les monuments qui subsistent, comme la grande mosquée, construite par l’Almoravide Ali Ben Youcef et agrandie par Yaghmoracen, le mausolée de Sidi Boumediene, la mosquée de Sidi Bel Hassan — qui abrite aujourd’hui le musée de la ville— ou encore ce qui reste du Méchouar, témoignent de la grandeur passée de Tlemcen et son raffinement artistique et culturel.

Tlemcen, comme on a pu le constater, a changé de nom à plusieurs reprises au cours de l’histoire. Le nom romain, Pomaria, signifie «les vergers» ou «le bocage», nom que la ville et toute la région, l’une des plus verdoyantes de l’Algérie, mérite toujours.


-------------------------------------------------------------------------------Tlemcen (VIII)

Le premier nom autochtone de Tlemcen qui nous soit parvenu est Agadir. On pense qu’il s’agit d’un emprunt au phénicien gader, mais on le retrouve dans tous les dialectes berbères, avec des formes et significations proches : aoâdir, pluriel ioûdar (mur, muraille) et agadir, pluriel igudar (clôture en ciment, cimetière, mur) en touareg W et Y ; oadir, (Siw) jadir (mur), (Sk) agadir (mur, muraille, (MC), agadir (mur, forteresse, endroit fortifié) (Chl) ; agadir (talus, escarpement, mur de pierre, par extension tombe) en kabyle, etc. Le second nom, Tagrart, provient également du berbère. On lui donne le sens de «camp militaire» ; aujourd’hui, le mot désigne d’autres espaces : aorur (enclos en pierres sèches pour les chevreaux) en touareg ; ayrur (mur, haie entourant le jardin ou la palmeraie) (Nefousa), aourir (pièce réservée pour la cuisson des aliments, cuisine) ; ouraren (cabinets publics, WC), (Ghd) agrur (tas de pierres élevé pour célébrer un événement rattaché à un saint, niche en pierres) (MC) agrur (niche et mur en pierres sèches, gîte, cave) (Chl) ; agrur, tagrurt, pluriel tigrurin (niche réservée au petit bétail) en Kabylie. Le nom actuel, Tlemcen, est encore redevable au berbère. On sait qu’Ibn Khaldoun le décomposait en tellem sin (elle réunit deux, c'est-à-dire la côte et la plaine) mais le nom est plutôt à rapporter à almes, diminutif talmest, pluriel tilemsin, attesté en touareg avec le sens de «jonc», plante qui pousse généralement au bord de l’eau.\

Source : Infosoir.com
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