Sur l'oasis de Siwa

Le sceau des premiers pharaons

Modérateur: mbibany

Sur l'oasis de Siwa

Messagede mbibany » Ven Juil 08, 2005 06:54

Sur l’oasis de Siwa

Par Madjid Allaoua


1er Partie:
*** Jusqu’où s’étendait le pays des Berbères ? Lorsque les armées musulmanes atteignirent l’Egypte qu’elles conquirent rapidement, elles ne pouvaient s’empêcher de porter leurs regards conquéreurs au pays du couchant qui s’étendait loin devant elles. Sans doute ignorait-on que dans ce désert même qu’ont parcourait, habitait depuis au moins un millénaire une population qui aurait pu donner aux Arabes une idée de cet Occident dont la conquête leur exigeait toute la prudence. En effet, à 300 Km environ dans le désert ouest de l’Egypte, au sud ouest de la ville portuaire Marsa al-Matruh et seulement a 25 Km environ de la frontière libyenne, s’étendait une belle oasis, celle de Siwa, peuplée aujourd’hui encore de Berbères. Cette oasis, loin de constituer un îlot perdu dans le désert, est reliée à de grandes villes par d’importantes routes qui ont probablement été utilisées depuis des temps très reculés. Parmi ces routes on peut mentionner celle qui mène à Marsa al-Matruh, celle qui mène vers le sud en se ramifiant à Qara, celle qui mène à Alexandrie en passant par Foukah et enfin celle qui mène a Wadi Natrun en passant par Mogarra. Les deux dernières routes mentionnées ont probablement été empruntées par Alexandre le Grand dans son chemin pour rendre visite à l’Oracle d’Ammon a Siwa.

** Avant l’introduction du chameau dans l’oasis, l’âne était le moyen de locomotion le plus ordinaire.
La voiture à moteur a désormais pris le relais, ce qui a grandement soulagé la circulation des gens.

** En 1979, il y aurait, selon une estimation faite par les autorités locales, 7 500 habitants à Siwa. La grande partie de la population est concentrée à l’intérieur et autour d’une ville portant le nom de l’oasis, Siwa. D’autres habitent dans de petits villages comme al-Maraqi, Aghurmi, Abu-Shuruf et enfin al-Zaytun quoi que de date récente.

** Il existe à Siwa un grand nombre de points d’eau. Dans un lointain passé, il existerait plus de 1 000 sources dont pourtant seulement 281 sont identifiées. Le gouvernement égyptien avait supplée le nombre de sources existantes par la construction d’un bon nombre de puits qui vont constituer une base indispensable d’irrigation. On cultive à Siwa des figues et des raisins, mais les olives et les dates d’espèces variées constituent la source de revenu la plus importante. Elles entrent dans un système commercial très stable, ce qui permet aux gens de Siwa de se procurer des produits comme les radios, les télévisions et, à un moindre degré, les voitures.
Les animaux domestiques jouent un rôle relativement peu important dans la vie quotidienne des gens de Siwa. On y trouve bétail, moutons, chèvres et ânes. Les chameaux ne sont pas entretenus à l’intérieur de l’oasis.
La température est très haute en saison d’été, à fortiori dans la ville ou les constructions sont très serrées. Seuls les épais murs des habitations, qui empêchent la chaleur de s’infiltrer à l’intérieur, permettent de maintenir un soupçon défricheur. De temps à autre des averses peuvent avoir lieu.
On ne sait pas vraiment d’ou provient le nom de Siwa et ce qu’il signifie. Les Arabes au Moyen Age désignaient l’oasis par le nom de Santariyah et les gens de cette île par le nom de Siwiyah. Le nom Santariyah a disparu, tandis qu’a demeuré Siwiyah qui a fini sous le nom de Siwah ou Siwa tout court pour désigner l’oasis elle-même.

** La célébrité de Siwa est particulièrement due à son antique ville, l’actuelle Aghurmi, ou siège le temple du dieu Ammon, et la ville de Siwa, construite en l’an 1203 dont le prestige durera jusqu’au début de notre siècle. Selon Kuhlmann, le clergé d’Ammon, alors en Egypte, aurait sous la 18e Dynastie essayé de répandre le culte d’Ammon à Siwa. Kuhlmann suggère que l’oasis de Siwa serait officiellement sous la domination égyptienne déjà sous le règne de Ramsès II. A cette époque les Egyptiens n’étaient certainement intéressés à contrôler l’oasis ni militairement ni politiquement. Ils auraient simplement tenté de répandre le culte d’Ammon, comme ils l’avaient fait en regard d’autres oasis sises non loin de la vallée du Nil. Ceci n’est évidemment qu’une hypothèse, basée sur des données très fragiles. En somme, les seuls témoignages vrais de la présence des Egyptiens dans l’oasis remontent au VI-VIIe siècle avant J.-C. L’existence du culte d’Ammon avant cette date s’explique par le fait qu’ou bien les Egyptiens l’avaient introduit, ou bien qu’un dieu local aurait été tout simplement identifié au dieu Ammon. Deux temples ont néanmoins été érigés pour le culte et l’adoration du dieu. Un Oracle siégeait dans l’un d’eux, et l’on venait y puiser connaissance et sagesse.
Plusieurs personnages du monde antique auraient visité Siwa dans le seul but de consulter l’Oracle. Parmi eux, on peut mentionner Alexandre le Grand et le roi Kreusus de Lydie. Et on sait, à travers la littérature mystique, que Platon et Pythagore avaient été en Egypte à la recherche du savoir. Ce n’est pas exclu que ces deux grands philosophes n’aient pas rendu visite à l’Oracle de Siwa. Lorsque les Egyptiens vinrent pour la première fois à Siwa, ils se heurtèrent probablement à une population d’origine libyque, ancêtre des Berbères actuels, et c’est effectivement une population berbère qui habite aujourd’hui encore à Siwa. Il est en somme difficile de faire la part de vérité sur l’origine des gens de Siwa. Des suggestions ont été avancées par Fakhry et Julien qui les font venir des Lybiens. Le premier avance qu’après une longue immigration, les Libyens ont fini par s’établir au Delta. Menacés par leur grand nombre, ils auraient été repoussés par les Egyptiens vers le sud, ou une partie se serait établie définitivement à Siwa. Le second par contre suggère qu’une population libyenne, après une invasion massive des Lybiens de l’Egypte et la fondation de la 22e Dynastie libyenne, se serait établie à Siwa.
Par ailleurs, rien ne prouve réellement que la population de Siwa viendrait d’ailleurs. L’oasis a certainement aimanté les habitants du désert en raison de sa richesse en eau et autres ressources vitales. Si le Sahara était une terre d’origine de certaines populations berbères, ce qui est fort probable, la partie qui comprend Siwa peut fort bien être le berceau des ancêtres des gens actuels de Siwa.

** Les inscriptions faites sur les monuments antiques et qui ont survécu jusqu’ à nos jours sont cependant en hiéroglyphes égyptiennes. Aussi est-il difficile de suggérer quoi que ce soit de concret sur la langue véhiculaire des habitants de Siwa dans les temps anciens. Une chose possible est que l’égyptien était la langue quotidienne des gens. Cette situation a été en fait celle des Berbères au long de toute leur histoire. Aujourd’hui encore, le berbère demeure une langue de seconde importance pour ne pas dire marginalisée par les institutions officielles.
L’oasis de Siwa a, jusqu’en l’an 1820, gardé ne certaine indépendance. A mon sens, c’est particulièrement sous la domination romaine que l’égyptien ancien aurait perdu son prestige au profit du berbère qui était et reste la langue maternelle des gens de Siwa.

** Il ne semble pas que le christianisme ait véritablement influencé Siwa. La seule trace de l’existence de cette religion dans Siwa est les ruines du monument Bilad-er-Rum (le pays des romains), que le Manuscrit de Siwa prétend avoir été une église.

Il n’y a cependant aucun doute que la tradition qui a le plus marqué l’oasis de Siwa est bien la radiation arabo-musulmane, ce qui est également le cas dans le reste du Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. L’islam a prévalu sur le dieu Ammon et est aujourd’hui la religion des habitants de Siwa. Les deux anciennes villes, si prestigieuses – Aghurmi avec ses deux importants temples d’Ammon et d’Umm Ubayda – ont désormais perdu leur prestige d’antan et ne compte aujourd’hui que quelques centaines d’habitants.
Les habitants de Siwa furent souvent au Moyen Age l’objet d’attaques extérieures aussi bien de la part des bédouins berbères qu’arabes. Les habitants de l’ancienne ville d’Aghurmi auraient, selon le fameux Manuscrit de Siwa, quitté la ville pour se construire en l’an 1203, non loin de la ville fortifiée, appelée Shali, l’actuelle ville de Siwa.

MADJID ALLAOUA
Revue: ETUDES ET DOCUMENTS BERBERES ANNEE 1998, Nº 15-16

REFERENCES:
FAKHRY A., The Oasis of Egypt I – Siwa Oasis, Cairo, 1973.
JOMARD M., A l’Oasis de Syouah, Paris, 1823.
JULIEN A.,Histoire de l’Afrique du Nord (des origines à la conquête), Paris, 1966.
KUHLMANN K.P., Das Ammonion, Mainz am Rhiin, 1988.
LAOUST A., Siwa, Paris, 1932.
WALKERM W.S., The Siwi Language, London, 1921.
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37

Retourner vers L'Oasis de Siwa (Egypte)

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron