Sur l'oasis de Siwa

Le sceau des premiers pharaons

Modérateur: mbibany

Sur l'oasis de Siwa

Messagede mbibany » Ven Juil 08, 2005 07:00

Sur l’oasis de Siwa
Par Madjid Allaoua

Partie 2

I. LA VILLE DE SIWA

** La ville de Siwa a joué un rôle important dans l’histoire des gens de l’oasis. Elle fut une ville sacrée pour les habitants et demeure aujourd’hui la « capitale » de l’oasis. La vieille ville est encore entourée de son rempart, dotée de quatre portes, conçues dans le but de parer à toute attaque extérieure. La ville de Siwa est caractérisée par des constructions très serrées et est parcourue par un réseau complexe de rues et ruelles étroites. Autrefois les étrangers n’avaient accès à la ville que dans un cadre commercial.

** A cette époque, la ville était tellement compacte que ses dirigeants interdisaient aux gens de construire davantage à l’intérieur de ses murs, probablement pour ne pas rendre les rues plus étroites encore.
Apres une hausse de la population, les gens devaient construire des étages supplémentaires pour ainsi loger tout le monde à l’intérieur de la ville. Les maisons finirent ainsi par devenir si hautes que la lumière ne parvint jamais à s’infiltrer dans la ville qui devenait de plus en plus surpeuplée.

II. LES TRADITIONS

** L’élément le plus intéressant dans les traditions de Siwa est un groupe particulier de travailleurs, appelés Zaggalah. Ces gens constituaient jusqu’ à une date récente la force de travail la plus importante à Siwa. Ils étaient recrutés par les riches parmi les jeunes de Siwa pour travailler pour un laps de temps déterminé, en principe de l’age de 20 ans à 40 ans environ. Ils devaient demeurer célibataires bien au-delà du mariage et avoir leurs habitations hors des murs de la ville pour éviter tout contact douteux avec les femmes. Ils habitaient soit dans les jardins, soit dans des grottes aux alentours de la ville. Ils pouvaient évidemment fréquenter la ville le jour. Mais aussitôt que le soleil se couchait, devaient-ils quitter la ville. Ils travaillaient dans les jardins et participaient à la défense de la ville. ...

** Ce ne sont pas seulement les Zaggalah qui étaient frappés d’interdiction d’habiter à l’intérieur de la ville. Cela concernait en fait tout homme majeur non marié, les veufs et les divorcés. En somme, seul le mariage donnait le droit d’aménager à l’intérieur de la ville.
Depuis les années 70, tout a changé. Le système des Zaggalah s’est transformé petit à petit en travail salarié, effectué par des paysans venus d’Egypte. Les jeunes de Siwa travaillent aujourd’hui principalement dans le transport et le commerce ou vont tout simplement entreprendre des études supérieures à Al-Matruh. Quelques-uns, enfin, travaillent dans l’agriculture comme travailleurs salariés ou en privé comme paysans indépendants.

** Comme partout ailleurs chez les Berbères, l’organisation de la société de Siwa reposait sur une structure binaire représentée par deux groupes auxquels président des Cheikhs. Les conflits qui opposaient les deux groupes étaient de l’ordre du quotidien et pouvaient parfois finir en guerre, si les Cheikhs faillaient dans leur tentative de les apaiser. Cependant, en dépit de ces conflits, les gens de Siwa étaient toujours prêts à s’unir contre l’étranger malveillant. C’est seulement jusqu’au début de ce siècle, par l’établissement d’une secte religieuse, l’ordre Sahnusi, que les conflits qui sévissaient à Siwa prirent fin. Plus tard, un nouvel ordre, al-Madaniyah, fut établi et vint renforcer le premier dans la tentative d’établir définitivement la paix et la solidarité entre les deux clans. Les gens de Siwa sont souvent décrits comme étant des gens superstitieux. On raconte qu’ils sont douteux en regard des étrangers qui sont susceptibles d’apporter malheur à l’oasis. Lorsque, par exemple, un étranger affiche un intérêt quelconque, les gens en deviennent très vite douteux. La superstition aurait laissé des traces profondes chez les habitants de l’oasis. Ils croient fermement au mauvais oeil qui devait entre autres motiver leur doute envers les étrangers. La croyance au mauvais oeil demeure cependant un phénomène commun pour tous les groupes berbères. Les Kabyles dans la tradition mettent le mauvais oeil en rapport avec les vieilles femmes. Aussi les enfants doivent être mis hors de leur champ de vision.

III. LA FEMME A SIWA

** La femme de Siwa, jeune fille ou mariée, reste au foyer. Elle se voile toujours à la vue d’un étranger.
Fakhry raconte qu’autrefois elle n’avait pas le droit de circuler librement hors des murs de la ville. Bien que les choses aient bel et bien changé aujourd’hui, il est rare de voir une femme se prendre un travail salarié.
Dans la tradition, la femme donne beaucoup d’importance à la parure. Elle se pare de bijoux et porte des habits avec des couleurs très fortes. A l’occasion d’un mariage, elle se vêtit de 7 robes, avec chacune sa propre couleur ; elle se fait des coiffures très complexes avec d’innombrables tresses très fines. Comme sa semblable dans le reste de l’Afrique du Nord, elle se teint pour l’occasion les mains et les pieds de henné et enduit ses yeux de khôl.

IV. LA LANGUE DES GENS DE SIWA

** Comme déjà mentionné, la langue des gens de Siwa est le berbère, ou plus exactement un dialecte berbère. Il est très différent des autres dialectes du nord du Maghreb. Si l’on doit le rapprocher de quelques dialectes, ce serait plutôt ceux du sud. La société et la culture de Siwa diffèrent sur bien des points des autres oasis du désert de l’ouest de l’Egypte. Mais ce qui caractérise davantage les gens de Siwa, c’est bien leur langue. Siwa est en somme la seule oasis qui a comme langue maternelle une autre langue que l’arabe, le berbère. Le dialecte de Siwa est très imprégné d’arabe égyptien. Il est très peu étudié et reste probablement le dialecte qui a gardé le moins de traits archaïques.
Les Berbères, aussi différents soient-ils les uns des autres, ont de tout temps été conscients de leur identité particulière que les autorités officielles leurs ont toujours nié. Aujourd’hui encore, un bon nombre de Berbères, particulièrement les personnes âgées, sont unilingues et n’ont par conséquent d’autres moyens pour communiquer avec le reste du monde que leur propre langue : le berbère.
Les sciences cognitives montrent et montreront que la pensée n’a d’autres moyens de s’exprimer et d’évoluer que par la parole. Lorsqu’on s’évertue à étouffer une langue sous prétexte de sa petite représentativité et pour des raisons idéologiques et nationales, aussi sincères puissent-elles être d’ailleurs, on ne fait qu’accumuler des problèmes qui tôt ou tard viendront à exploser. Que de peoples ont du souffrir dans le silence de leur amertume au nom d’« unités nationales » ! A qui la faute ? Aux dirigeants politiques dont l’objectif a hélas souvent été de donner de leur pays l’image d’une nation, un peuple, une langue et une religion. Quelle erreur hélas ! Tôt ou tard, l’homme droit pourtant comprendre qu’une nation ne peut prospérer que dans le respect de ses moindres composantes aussi diverses soient-elles.

MADJID ALLAOUA
ETUDES ET DOCUMENTS BERBERES ANNEE 1998 Nº 15-16

REFERENCES:
FAKHRY A., The Oasis of Egypt I – Siwa Oasis, Cairo, 1973.
JOMARD M., A l’Oasis de Syouah, Paris, 1823.
JULIEN A.,Histoire de l’Afrique du Nord (des origines à la conquête), Paris, 1966.
KUHLMANN K.P., Das Ammonion, Mainz am Rhiin, 1988.
LAOUST A., Siwa, Paris, 1932.
WALKERM W.S., The Siwi Language, London, 1921.
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