AKLI, ASKIW, TADERFIT, ADERFI, LOCIF, KHLIDJA

Massinissa, Jugurtha, Koceila, Kahina, Mohand, Lounes, Belaid, Taos, ...

Modérateur: amdyaz

AKLI, ASKIW, TADERFIT, ADERFI, LOCIF, KHLIDJA

Messagede mbibany » Jeu Nov 10, 2005 12:03

Ces prénoms que vous portez

Les prénoms trompe-la-mort

Par M. A. Haddadou

Si le prénom a souvent une fonction laudative, mettant en avant des vertus et des qualités que l’on veut voir apparaître chez celui ou celle qui le porte, il a aussi la fonction de porter chance, d’augurer d’une vie longue et heureuse.

Une autre série de prénoms a une fonction préservatrice : le nom devient une sorte de bouclier destiné à repousser la malchance, la maladie ou la mort. Plutôt que d’être agréable, il est déplaisant, de manière à détourner le malheur, voire à le tromper. Ici, le mal est personnifié et on veut lui faire croire que la personne que l’on veut protéger n’est pas digne d’intérêt, parce que laide ou de basse extraction, et qu’il doit aller vers d’autres personnes plus nobles et donc plus dignes de lui. C’est le nom trompe-la-mort, que l’on retrouve aussi dans beaucoup d’autres pays.

A titre d’exemple, les Arabes donnaient de nombreux prénoms déplaisants et certains étaient si laids que le Prophète Mohammed en était venu à les interdire. C’est le cas de ‘Assi, littéralement «désobéissant, rebelle», qui a été remplacé par son contraire, Mu’ti’e (obéissant, soumis).
Mais certains de ces prénoms déplaisants sont restés et nous sont parvenus. C’est le cas, déjà cité, de Khadidja, qui signifie «avorton de chameau», que l’on retrouve sous cette forme dans l’onomastique algérienne et sous d’autres formes : Khlidja, Khedoudja, Doudja, etc..

Les dénominations de l’esclave sont souvent utilisées comme noms trompe-la-mort. Dans le passé, l’esclave représentait, en effet, le plus bas degré de l’échelle sociale. Homme ou femme privé de liberté, il est taillable et corvéable à merci, son maître pouvant en disposer comme bon lui semble. L’esclave est souvent d’origine africaine, c’est-à-dire un Noir, mais il y a aussi des esclaves blancs, puisque l’esclavage n’est pas une question de race mais une condition sociale : on le devient à la suite d’un enlèvement, d’une défaite, d’une occupation étrangère, etc.

On sait aussi que la tradition musulmane multiplie les occasions d’affranchissement des esclaves ; ainsi, le manquement à un dogme de la religion est rattrapé par un jeûne, de la nourriture donnée à des pauvres ou l’affranchissement d’esclaves ; c’est le cas aussi d’un péché grave ou d’un rite qu’on n’a pas accompli au pèlerinage par exemple, qui peuvent être expiés aussi par le rachat d’esclaves.
Le nom arabe de l’esclave, abid, était autrefois un prénom très utilisé, non seulement au Maghreb, mais aussi en Orient et quelques personnages célèbres le portaient. Aujourd’hui, il n’est plus attesté que sporadiquement, mais il entre dans la composition des prénoms issus de Noms divins, Abdallah, Abdelkrim, dont nous traiterons ultérieurement.

Une autre dénomination de l’esclave persiste. Il s’agit de Lossif qui provient du classique wacîf (domestique, serviteur, esclave).
Le nom berbère de l’esclave, akli, est également utilisé comme prénom dans certaines régions d’Algérie, mais comme ce mot réfère avant tout à la couleur, nous le traiterons dans la partie consacrée aux couleurs.

Les Touareg emploient la désignation askiw, pour nommer des esclaves. Un autre mot, en rapport avec l’esclavage, taderfit, littéralement «l’affranchie», du verbe derfu (être affranchi), est attesté dans les dialectes du Nord, comme le chleuh : dderfi (être affranchi), aderfi (esclave affranchi).

Ce prénom est l’exact équivalent d’un prénom d’origine arabe, très répandu en Algérie, Atik et son féminin Atika. Ces prénoms proviennent de âatîq (affranchi, libéré de l’esclavage mais aussi, par extension, de la maladie, du mauvais œil, de la mort). Une variante du prénom masculin est Maâtuq, littéralement «qui a été affranchi, qui a été libéré». Rappelons que le verbe âtaqa (affranchir) est employé dans la langue courante comme un vocatif, pour appeler la protection : «Allah yeâtqek !» (que Dieu t’accorde la protection, le salut, la sauvegarde, etc.).
Dans certaines familles, on a gardé la tradition de sacrifier des animaux, généralement des béliers, quand un enfant malade guérit ou échappe à un danger : le sacrifice signifie une sorte de rachat, la bête étant offerte à la place de l’enfant.
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37

Retourner vers Noms ET Prenoms

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron