Ces Prénoms que vous portez -M.A. Haddadou

Massinissa, Jugurtha, Koceila, Kahina, Mohand, Lounes, Belaid, Taos, ...

Modérateur: amdyaz

Ces Prénoms que vous portez -M.A. Haddadou

Messagede mbibany » Lun Juil 11, 2005 10:54

Ces prénoms que vous portez
Par M. A. Haddadou


1) Rois et héros de l’antiquité

*** La revendication linguistique et culturelle berbère a répandu l’emploi, comme prénoms, des noms des grands souverains et des héros de l’antiquité. L’un des plus répandus est assurément le nom du roi numide Massinissa. Massinissa est, sans doute, le plus grand souverain berbère de l’antiquité et l’un des plus grands de tous les temps. On le considère, à juste titre d’ailleurs, comme le fondateur du premier Etat algérien et comme l’unificateur de la Numidie. Il s’est d’abord allié à Carthage avant de se rapprocher des Romains, pour récupérer les territoires de ses ancêtres, annexés par Carthage. Massinissa a développé son royaume, sédentarisé les Berbères et favorisé les lettres et les arts. A sa mort, peu avant 149 avant J.- C., les habitants de Thouga (actuelle Dougga, en Tunisie) ont érigé un mausolée sur lequel son nom est transcrit, en caractère phéniciens et libyques (alphabet berbère antique : MSNSN, qu’il faut lire : MASENSEN , c’est à dire mas n sen «Leur Seigneur», le mot mas, «seigneur» étant encore conservé dans les dialectes targuis. Sur le mausolée de Dougga figure également le nom du père de Massinissa qu’on lit dans la formule : MSNS W GYY, à lire : Masensen aw Gayaya, Massinissa, fils de Gayaya. Le nom est transcrit par les auteurs latins Gaya. Il est à rapprocher d’un prénom en usage chez les Touareg : Agiya. Ces prénoms pourraient provenir du verbe berbère eg «être, faire», avec le sens de «faiseur, celui qui agit, qui est actif». (à suivre...)

** Avec Massinissa, le prénom Jugurtha est, sans doute, le plus répandu. Petit-fils de Massinissa, Jugurtha a hérité d’une partie du royaume de Numidie à la mort de son oncle, Micispa, le reste allant à ses cousins. Il finit par s’emparer de tout le royaume, puis il s’est opposé aux Romains, dont il a voulu secouer le joug. Cela lui a valu une longue guerre. Vaincu par la trahison et non par les armes, il a été emmené à Rome où il est mort en 104 avant J.-C. Jugurtha est orthographié Iugurtha par les auteurs romains. Il faut sans doute le lire Yugarten, en berbère Yugar-ten : «Il les a surpassés, il les a vaincus», d’un verbe : ager : «Dépasser, surpasser, vaincre», attesté dans les dialectes berbères modernes. Aujourd’hui, le prénom est tantôt repris sous la forme latine, francisée : Jugurtha, berbère modernisée : Yugurten, ou encore, sous la forme arabisée, Yughortha. Le diminutif le plus courant est Ghorta. Un autre nom de souverain berbère répandu est Juba. Ce nom a été, en fait, porté par deux grands souverains. Le premier, appelé Juba I est connu pour s’être opposé aux Romains. Vaincu à la bataille de Thapsus (42 après J.-C.), il préfère se donner la mort plutôt que de tomber entre les mains de l’ennemi. Le second Juba, appelé Juba II, est le fils du premier. Elevé à Rome, il a été, sa vie durant, l’allié des Romains. Il est connu par ses écrits. Juba est la forme latine du nom. Sa forme originelle est Yuba, forme que l’on retrouve chez les Touareg. Il provient peut-être de ebbi, bbey : «Couper, trancher, par extension décider.» Ici : «Il a décidé, il a jugé.»
-------------------------------------------------

2) Femmes et filles du Prophète

*** Comme le prénom de la mère du Prophète, ceux de ses épouses et de ses filles sont également l’objet de la vénération des musulmans. Le prénom de sa première épouse, Khadidja, est très employé. Il provient de khadidj qui signifie «avorton de chameau» du verbe adadja (avorter, en parlant d’une chamelle et, d’une façon générale, mettre bas un fœtus incomplètement formé, par extension être sec, donner peu de pluie en parlant d’une saison).
Les Arabes avaient coutume de donner des noms déplaisants à leurs enfants pour détourner d’eux le mauvais œil. En Kabylie, ce prénom est prononcé Khlidja. A Alger, on emploie également comme prénom ses diminutifs Khdewedj et surtout Doudja.
Le nom de la plus jeune épouse du Prophète, Aïcha, est tout aussi employé que celui de la première. Il provient de 'aa’icha (qui mène une vie prospère) du verbe 'acha (vivre, avoir la vie conservée, par extension bien gagner sa vie). Le masculin, ‘a’ich, a fourni un prénom d’homme courant, Ayachi, connu aussi avec l’article, Layachi. Mais revenons à Aïcha. Ce prénom a plusieurs variantes, sans doute pour distinguer entre les filles qui portent ce prénom : Awicha (orthographié Aouicha), Awiwech (Aouiouèche) et Aychuch (Aïchouche). Ces derniers prénoms tendent à disparaître.
*** Un autre prénom porté par une épouse du prophète, Safia, est très répandu. Il provient de s’afiya et signifie «pure, limpide, immaculée».
De toutes les filles du Prophète, celle dont le nom est le plus fréquent est certainement Fatima. Il provient du mot arabe fat’ima qui signifie «jeune chamelle sevrée», du verbe fat’ima «sevrer un enfant ou un animal, avoir atteint l’âge du sevrage». Le prénom est souvent suivi de l’adjectif ezhra (en dialectal zhra), qui est, en fait, une épithète de la fille du Prophète (brillante, resplendissante), Fatima al-Zahra (en dialectal Fatma-Zohra, Fatima «la resplendissante»).
zohra est prise elle-même comme prénom. La variante la plus courante de Fatima est Fatma, avec un diminutif, Fettuma, également très employé. Les variantes berbères de ces prénoms sont Fadhma (Kabylie, Aurès) et Fadhimata (Hoggar).

3) L’une des épithètes du Prophète est Al-Bachir, Mohammed al-Bachir, c’est-à-dire Mohammed porteur de la bonne nouvelle. Le mot provient de bâchîr et signifie «porteur d’une bonne nouvelle, qui annonce une bonne nouvelle», par extension «qui porte bonheur, qui est de bon augure», du verbe bachara (apporter une bonne nouvelle, réjouir par une bonne nouvelle, se réjouir de quelque chose). La bonne nouvelle dont il s’agit est le Coran et, d’une façon générale, la religion musulmane.
Le prénom se rencontre seul, Bachir, ou alors en composition avec Mohammed, Mohammed al-Bachir, et, dans les régions berbérophones, Mohand el-Bachir. Il existe un féminin, construit directement sur le prénom, Bachira, mais il est rare. En revanche, une formation nouvelle, Buchra, qui tend à se répandre, vient de buchra (bonne nouvelle, nouvelle qui réjouit).
Bachir, Bachira, Buchra : il s’agit là de prénoms porte-bonheur, chargés d’apporter la joie à ceux qui les portent.
Un autre prénom porteur de joie est Ferhat.
C’est un pluriel de farh’a (joie, gaieté, récompense donnée à celui qui apporte une bonne nouvelle, qui réjouit les autres d’une bonne nouvelle), du verbe farah’a (être gai, être content, joyeux). Ce prénom, qui figure dans la nomenclature traditionnelle, a reçu, ces dernières années, un féminin venu d’Orient : Farah, littéralement «joie, allégresse».

M. A. H.
le quotidien: infosoir, Edition du 12/7/2005
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37

Retourner vers Noms ET Prenoms

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron