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Le Mausolée royal de Maurétanie

MessagePosté: Lun Oct 02, 2006 11:49
de mbibany
Le Mausolée royal de Maurétanie

Par M. A. Haddadou

Ce monument funéraire remontant à la période libyque est situé à une dizaine de kilomètres de Tipaza. Juché sur l’une des collines du Sahel, il surplombe la mer, donnant l’impression d’une grande ruche coiffée d’un cône à gradins.

L’appellation locale de ce monument, Qbar al-Rumia, a été traduite par «Tombeau de la Chrétienne» ; or, non seulement le Tombeau n’a jamais renfermé les restes d’une chrétienne mais il est antérieur au christianisme.

Depuis l’Indépendance, le Tombeau a été rebaptisé Mausolée royal de Maurétanie parce qu’on pense qu’il a pu enfermer des membres de la famille du roi Juba II, notamment de sa femme, Cléopâtre Séléné, fille de la grande Cléopâtre d’Egypte et du Triumvir Antoine.

On se souvient qu’après avoir vaincu Juba 1er, puis Cléopâtre et Antoine, Jules César a fait enlever leurs enfants, Juba II et Cléopâtre Séléné, et les a fait élever à Rome.
Il a ensuite installé Juba en Afrique, lui taillant un royaume qu’il a pris soin de placer sous sa tutelle et lui a fait épouser Cléopâtre Séléné.
Cette attribution du Tombeau paraît plus fondée que celle qui en fait le tombeau d’une chrétienne, mais aucune trouvaille archéologique n’est venue appuyer l’hypothèse que ce tombeau remonte au temps du roi Juba.


Le mausolée royal de Maurétanie se présente sous la forme d’un cylindre de 60,90 m de diamètre, surmonté d’un cône de 33 gradins d’une hauteur de 0,58 m chacun. Il comprend quatre fausses portes donnant chacune sur un point cardinal.
Ces portes en pierre, qui imitent les traverses des portes en bois, sont ornées de croix, ce qui a sans doute accrédité l’idée d’une sépulture chrétienne.

Soixante colonnes de style ioniques sont disposées tout autour de la partie cylindrique, supportant une sorte de corniche sur laquelle s’élèvent les gradins.

L’entrée du tombeau se trouve au-dessous de la fausse porte de l’est : elle a été découverte en 1866 par le Français Adrien Berbrugger, qui était alors inspecteur des musées archéologiques de l’Algérie. Il avait utilisé une sonde qui lui avait révélé l’existence d’un vide.

Il a fait creuser alors un tunnel par la fausse porte du sud, ce qui lui a permis d’atteindre une galerie qui l’a conduit à la véritable entrée. Celle-ci était dissimulée par deux pierres mobiles, agencées de telle sorte qu’elles
se confondent presque avec les blocs composant le soubassement du monument. L’entrée, particulièrement étroite, était obstruée de l’intérieur par une dalle coulissante.
Par cette porte, on arrive dans un couloir bas, situé au-dessous du niveau du cône et fermé par une herse.

Au-delà se trouve un vestibule voûté sur la paroi droite où est creusée une porte, surmontée d’une sculpture en relief représentant un couple de lions, gardiens sacrés du tombeau. La porte franchie, on entre dans un nouveau couloir. Aussitôt après, on arrive à une sorte de palier.

On monte sept marches et on arrive à une galerie curviligne, parfaitement voûtée en plein centre.
Elle mesure 141 m de longueur, 2 m de largeur et 2,40 m de hauteur. Une cinquantaine de niches sont creusées sur les parois latérales : elles étaient destinées, sans doute, à recevoir des lampes à huile. La galerie qui part de la porte de l’Est tourne de droite à gauche et passe par derrière chacune des fausses portes.

Elle s’infléchit vers le centre du monument et arrive à une porte, également fermée par une herse. L’ouverture donne sur un couloir bas qui donne sur une première chambre voûtée. Un autre couloir aboutit sur une deuxième chambre qui constitue le caveau. Celui-ci, une pièce rectangulaire voûtée de 4,04 m de long sur 3,06 m de large, comprend trois niches disposées sur les parois nord, sud et ouest. On n’y a retrouvé aucune trace de sépulture.

Depuis des siècles, de nombreux auteurs ont mentionné le tombeau. La première référence écrite qui nous soit parvenue est due au géographe latin Pomponius Mela, qui écrivait au début de l’ère chrétienne.

Dans son ouvrage intitulé De situ orbi, il écrit : «Iol (Cherchell), sur le bord de la mer, ville jadis inconnue, aujourd’hui illustre, pour avoir été la cité royale de Juba et parce qu’elle se nomme Césarée. En deçà se trouvent les bourgs de Cartenna (Ténès) et de Arsenaria, le château de Quiza, le golfe Laturus et le fleuve Sardabale. Au-delà, le mausolée commun de la famille royale...» Mais cet auteur ne précise pas de quelle famille royale il s’agit ni à quelle époque le tombeau remonte. Selon une théorie encore admise par certains, le Mausolée aurait servi de sépulture à Juba II et à son épouse Cléopâtre Séléné.

Mais cette hypothèse est très contestée car Juba II a vécu au début de l’ère chrétienne alors que le tombeau paraît antérieur. Au début du XXe siècle déjà, l’historien français Stéphane Gsell situait le monument au IIe ou au IIIe siècles avant J.-C. Cette hypothèse se fondait essentiellement sur les détails extérieurs du monument qui reproduisaient des éléments stylistiques de cette époque.

Selon Gsell, le tombeau aurait servi de sépulture à un roi maure, peut-être Bocchus, contemporain de Jules César, ou encore Bocchus l’Ancien, qui a régné au début du Ier siècle avant J.-C.
L’Italien P. Romanelli fait remonter le tombeau encore plus loin : le Ve siècle avant J.-C. et même le XIe. Sans remonter aussi loin, Gabriel Camps le date du IIIe siècle avant J.-C.

Un crampon de bois, prélevé par M. Christofle et daté au carbone 14, a donné la date de 270 avant J.-C. Cependant, l’archéologue français admet une date plus tardive, le crampon appartenant peut-être à une des constructions ajoutées au monument au cours des siècles.

Même si on ignore à quel prince berbère il a servi de sépulture, la nature du monument ne fait pas de doute : c’est incontestablement un tombeau. Il présente toutes les caractéristiques des monuments funéraires berbères de l’Antiquité : construction sur une élévation de terrain, orientation selon les points cardinaux, présentation en tumulus, etc. La présentation en tumulus est celle qui caractérise le mieux la tombe berbère depuis la préhistoire : c’est la fameuse bazina, caveau réduit aux dimensions du corps, fermé avec des dalles et recouvert d’un tumulus de terre ou d’un amas de pierres pour signaler la tombe.


Si l’architecture générale du Mausolée royal et ses aménagements intérieurs sont autochtones, les chapiteaux et les sculptures de couronnes de fleurs qu’il porte sont de style ionique. Les bases des couronnes, elles, rappellent les dessins des stèles puniques du IIIe siècle avant J.-C. Ces détails extérieurs, qui révèlent des influences étrangères, favorisent une datation tardive du monument (le IIIe siècle avant J.C.).
Ce monument, comme on s’en doute, a fait rêver des générations d’hommes et de femmes, aussi bien les autochtones que les étrangers qui ont eu l’occasion de le voir.

Des récits destinés à expliquer ses origines ou sa destination première ont été inventés de toutes pièces. Un officier espagnol de l’armée de Charles Quint, Marmol, qui a été retenu prisonnier à Tunis pendant huit mois et qui a parcouru le Maghreb, consacre au Mausolée un chapitre de sa Description de l’Afrique du Nord. Il raconte, en reprenant peut-être un récit antérieur, l’histoire selon laquelle le tombeau contiendrait les restes de la fille du comte Julien, enlevée et séduite par un roi wisigoth. Selon lui, c’est pour venger cet affront que le comte a livré l’Espagne aux musulmans.



Une légende locale fait du Mausolée l’emplacement du trésor d’une fée appelée Yemma Heloula.
Selon un récit, un jeune berger aurait découvert par hasard l’entrée du tombeau. Ayant remarqué que sa vache qui paissait à proximité du tombeau disparaissait le soir pour réapparaître le matin, il s’accrocha à sa queue et put, ainsi, se remplir les poches de bijoux et de pièces d’or.

On évoque aussi cet habitant de la région, vendu comme esclave à un alchimiste espagnol qui lui rendit sa liberté contre la promesse de se rendre au Mausolée et d’y brûler un parchemin magique ; cette action accomplie, le Mausolée s’ouvre aussitôt et une nuée de pièces d’or s’en échappe, prenant le chemin de l’Espagne. L’idée d’un trésor caché attise les convoitises mais l’entrée du tombeau reste dissimulée, comme nous l’avons écrit, jusqu’au milieu du XIXe siècle. Au XVIIIe siècle, le bey Baba Mohamed ben Othman fait bombarder le monument dans l’espoir d’y pratiquer une ouverture et d’y pénétrer, mais il était plus solide qu’il ne le croyait. Quand les Français sont parvenus à entrer dans le monument, il était vide.

Comme pour les pyramides d’Egypte, les aventuriers et les chercheurs de trésors avaient précédé, depuis plusieurs siècles, les archéologues.

M. A. H.

source: Infosoir 04/10/2006