Du tatouage ? la peinture d?corative

Histoire des regions berberes du monde (en dehors de la Kabylie)

Modérateur: mbibany

Du tatouage ? la peinture d?corative

Messagede mbibany » Mer Nov 15, 2006 13:02

Du tatouage ? la peinture d?corative

Il nous a ?t? donn? de parler de ces syst?mes d??criture ? caract?re symbolique, dont les origines diverses remontent ? la nuit des temps et qui, au regard des lecteurs d?aujourd?hui habitu?s aux alphabets du monde moderne, rel?ve de l??sot?risme.

Et ?tonnement, ce syst?me d??criture d?une pertinence insoup?onnable a travers? des mill?naires d?histoire moyennant une vari?t? de supports : poteries, tapis, parois rocheuses, peaux humaines ou animales, murs d?int?rieurs de maison.

Tatoueurs de tous les temps, potiers, tisserands, ma?tresses de maison ont perp?tu?, depuis qu?ils les ont h?rit?s de leurs plus lointains anc?tres, les m?mes motifs d?coratifs, quelquefois sans qu?ils aient eu ? en chercher le sens. Aussi, ? chaque g?n?ration, on a reproduit avec le m?me engouement et un talent digne d?admiration les m?mes symboles consid?r?s comme pleins de vertus.

Des symboles aux formes variables ou auxiliaires magiques

Si on les a conserv?s jalousement, c?est en raison des messages qu?ils ont ?t? capables de v?hiculer et de leurs valeurs symboliques. En plus de leur qualit? de caract?res d??criture, on leur a attribu? des vertus inouies : assurer une protection, communiquer avec l?invisible, rendre omnipr?sent un message, donner une forme esth?tique.

Les tatouages ind?l?biles, les peintures rupestres, sont l? comme des porte-parole d?artistes anonymes ou oubli?s mais dont les ?uvres consacr?es ? des groupes sociaux ou ? des causes sacr?es, ont travers? le mur du temps.


On peut dire aussi que la p?rennisation de ces signes consid?r?s ? tort comme simplement d?coratifs, est due ? la volont? de sauvegarder une identit?, un patrimoine culturel, des marques d?un g?nie populaire de ceux qui, depuis des mill?naires, ont eu le m?rite d?inventer un alphabet symbolique qu?ils ont reproduit sur des pierres, des peaux, et ce, moyennant des outils appropri?s, tels les pointes ac?r?es servant ? pratiquer des incisions sur les parties du corps humain ? tatouer.

Le sang vers? au cours des sc?nes de tatouage, entre-t-il aussi dans les rites et traditions de ces temps r?volus.
Quelques anthropologues, sociologues, historiens int?ress?s par les populations et civilisations anciennes attribuent ? ces stigmates t?gumentaires des origines ph?niciennes, indiennes, en raison de certains traits significatifs.

Cette diversit? se remarque ais?ment dans les tatouages maghr?bins. Cela va de la femme qui reproduit ? vie un dessin embl?matique sur le menton et/ou le front, ? celui ou celle qui se fait tatouer sur toute la surface du dos, de la poitrine, des bras et avant-bras, quelquefois m?me en polychrome. Et des tatoueurs, il n?en manque pas au Maghreb.

Certains utilisent un outillage et des produits qui nous font remonter au pal?olithique.

Les signes comme indicateurs de liens et de similitudes avec les pays m?diterran?ens ou orientaux.

Des ?tudes comparatives men?es avec soin ont conduit ? la d?couverte de ressemblances frappantes entre les continents ou les pays qui ont de longues traditions dans ce domaine, les m?mes qui ont ?t? relev?es sur les pyramides et les hi?roglyphes de l?Egypte ancienne et du Mexique.

Ainsi, les tatouages maghr?bins, asiatiques, europ?ens ou d?ailleurs sont-ils des pratiques locales ou import?es ?

Dessins, gravures rupestres du Sud alg?rien, de Tunisie, de Libye, d?Espagne sont d?une ressemblance indiscutable. On peut penser ? une forme d??criture identique que des peuples ont emprunt? ? d?autres et de la m?me mani?re, par exemple que les Grecs se sont inspir?s des Ph?niciens pour mettre au point leur alphabet. Les motifs rupestres andalous sont, ? peu de chose pr?s, identiques aux fresques du Tassili.


L?examen des motifs maghr?bins et espagnols ont donn? ? remarquer un retour frappant du m?me style angulaire, une occurrence de formes en peignes ou de traits pectiniformes, de chevrons ? pectination oblique ou couch?e, l?emploi r?p?titif du M en majuscule dans les tatouages ainsi que dans les peintures de l?Occident ou de l?Orient.

Tous ces ?l?ments ? valeur d?corative et s?mantique se retrouvent m?l?s les uns aux autres dans une diversit? de combinaisons et en fonction du contenu des messages.

Cette majuscule du M privil?gi?e par les tatoueurs a des origines lointaines, peut ?tre m?me d?avant l??criture Libyque.
On la retrouve dans des repr?sentations symboliques de femmes accroupies en Piedra excita de Los Buistres, et d?autres dessins rupestres anciens de l?Est de l?Espagne.
Le dessin tatou? ou grav? dans la roche donne ? voir parfois un homme accompagn? d?une femme accroupie, ou des motifs repr?sentatifs de femmes align?es, le dessin ?tant constitu? essentiellement de traits multiformes.

Il arrive que des losanges et des cercles y soient adjoints pour apporter des compl?ments de sens.


V?hicule de l?histoire et de la culture anciennes, une ?criture hors du commun
On a du mal ? faire admettre l?id?e que le tatouage est une forme d??criture o? le M appara?t en nette pr?dominance pour des raisons d?ordre s?mantique.

Il symbolise la femme dans toute son intimit?.

En Orient, le m?me M repr?sente la silhouette du palmier, et dans l?art du d?cor, il est souvent agglutin? aux losanges.

Ceci comme dans les grands tatouages d?coratifs des femmes marocaines qui en usent le plus pour donner des semblants de dentelles ou de broderies. Un m?me effet est obtenu avec des losanges attach?s bout ? bout par leurs pointes ; et en cha?nes, ils ressemblent aux damiers. Ce type de repr?sentation est courant dans les d?cors tiss?s ou peints, les jambes des Tunisiens d?antan.

La pr?f?rence des losanges se justifie par leur lourde charge s?mantique ; ils renvoient aux corps oblongs, aux poissons, aux oiseaux, ? l?homme. Le losange dispos? en s?ries traduit de mani?re abstraite ce qu?il y a de plus naturel chez l?homme et dans tout l?environnement humain.


En Afrique du Nord, il revient comme forme de d?coration en cha?ne ou ? damier dans les monuments fun?raires ou les peaux momifi?es. Ce qui a ?t? attest? par les chercheurs de vestiges en Egypte ou en Libye. Les peintures libyennes de Tell el Amarna, du tombeau de Sethi, les tuiles verniss?es de Medinet Abou en sont des exemples.


Le captif de Tell el Amarna, portant deux plumes en guise de coiffure, sur sa poitrine et son ?pigastre, est fait en six losanges dispos?s en rang vertical ; sous l?ombilic, entre un rang de quatre losanges.


Revenons en Orient pour dire que des vestiges exhum?s et ?manant d?un peuple ancien attestent d?un int?r?t particulier pour les motifs d?coratifs sous la forme de tatouages, particuli?rement ceux des Tamahous ou Libyens ou de caract?res symboliques reproduits sur les tombes et les poteries.

Cela a consist? en des traits ondul?s ou des cha?nes de losanges faits de points ou de losanges de diff?rents formats.

A Magdal?nien, on a d?couvert une figurine de terre cuite sous la forme d?un tronc sans t?te, avec bras bris?s, hanches et appareils fessiers bien d?velopp?s.

L??pigastre est fait de deux losanges. L?avant est repr?sent? par un triangle entre le haut des cuisses, faites chacune de losanges superpos?s.

L?ensemble d?coratif qui remonte probablement ? l??re des Pharaons, est porteur de cicatrices en creux de tatouages par scarification.


Les Egyptologues qui s?int?ressent aux momies ont l?habitude de rencontrer de tels personnages, souvent f?minins, qu?on a coutume d?appeler ?petites poup?es de fa?ence bleue?.

Elles portent des ceintures d?cor?es de cauris, et des rang?es de losanges au point, en pourpre de mangan?se, sur les cuisses devant et derri?re. Ces poup?es, d?apr?s les tatouages, seraient des concubines; mais selon des documents consult?s, il s?agirait plut?t de danseuses th?baines portant chacune une cicatrice tendue, des tatouages sur les bras, l?abdomen, la poitrine, les cuisses et le coup de pied.


On peut dire que les tatouages en forme de losanges li?s bout ? bout sont une pratique courante dans la vall?e du Nil et en Libye, pendant la plus haute antiquit? ; ils sont aussi d?usage dans les pays maghr?bins, sur les poteries et les peintures de la r?gion des Ouadhia.

Il faudra peut-?tre essayer une autre de voir en quoi consistent et pourquoi les tatouages sur diff?rentes parties du corps chez les Maoris de Nouvelle-Z?lande, les Boshimans de l?Afrique australe, les paysans de Nouvelle Guin?e, dont les similitudes avec les tatouages du Maghreb que le fruit du g?nie populaire qui a produit aussi les contes et l?gendes.


15-11-2006
Boumediene A.
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